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Rupture du contrat scénique


Distanzlos et Mono Subjects



Avec Distanzlos et Mono Subjects, le chorégraphe allemand confirme avec délice sa position de chorégraphe iconoclaste.


Une autre de mes idées: pendant deux minutes, je vais exécuter ce que le public attend de moi. Qu'attendez-vous de moi? Voilà une interrogation qui confirme l'attitude singulière de Thomas Lehmen. Avec Distanzlos et Mono Subjects (tous deux présentés en octobre dernier au Kaiitheater de Bruxelles), le chorégraphe berlinois pointe avec humour les poncifs de la danse contemporaine. Crée en 1999, le solo Distanzlos répertorie les projets avortés, faute d'argent, de temps ou tout simplement de motivation. Puisant directement dans ses vieux carnets de notes, Lehmen énumère ses axes de recherche, n'hésitant pas à passer à la démonstration. Mettant ainsi en avant une danse extrêmement concrète et sans complaisance. En véritable performer, Lehmen enchaîne avec parcimonie ses fragments de spectacle. Son plateau illustre bien la cinglante rigueur de la démarche. Une table, deux chaises, une console, deux amplis et une batterie de micros (sans oublier l'indispensable bouteille d'eau): la parfaite conférence de presse, gratinée par un parterre de journalistes plus qu'attentifs. L'air de rien, Lehmen énonce alors les questions et danse les réponses, au fur et à mesure que les micros trouvent leur place au sol. Mono Subjects (2001) poursuit la réflexion. Accompagné par Gaetan Bulourde et Maria Clara Villa-Lobos, le chorégraphe transgresse à nouveau les contrats de la scène. En témoigne cette introduction en forme de résumé des mouvements dansés qui vont suivre. Et cette hilarante conclusion, où Bulourde nous lit une critique journalistique de ce même Mono Subjects, à peine terminé et déjà finement analysé. A l'image d'un pop band expérimental, les trois danseurs, harnachés de guitares électriques, introduisent les séquences en tenant une note modulée sous les effets de pédale de distorsion. S'en suivent alors des moments cocasses, qui ne se contentent pas de leur simple effet comique. Lehmen ironise sur certaines attitudes courantes dans la danse contemporaine, notamment la nudité ou la conceptualisation à outrance. L'entité formée par les trois danseurs fonctionne à merveille, sans doute parce qu'aucune personnalité n'est brimée. La froide technicité de Maria Clara Villa-Lobos trouve un partenaire de jeu idéal avec la douce candeur de Gaetan Bulourde, terrain d'apprentissage foisonnant pour Thomas Lehmen. Anciennement interprète chez Sacha Waltz et Mark Tompkins, Lehmen avait 23 ans lorqu'il décida de s'inscrire à la School for New Dance Development d'Amsterdam. De cette vocation tardive et de son passé d'ouvrier, il en garde un goût certain pour le réel. De démonstrations laconiques en témoignages, Lehmen repositionne les valeurs de la scène en déployant une énergie à contre-courant particulièrement jubilatoire.

Justin MORIN,
Publié le 2002-11-13

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre :
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Thomas LEHMEN (chorégraphe), Justin MORIN (rédacteur), Gaëtan BULLOURDE (danseur), Maria Clara VILLA-LOBOS (danseur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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