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Un deuxième épisode bien inégal


Paixào



Pour le deuxième volet de sa trilogie consacrée à la mémoire et à la transmission, Claudio Bernardo s'imprègne d'éléments bibliques. Et s'y perd.


Claudio Bernardo déçoit plus qu'il ne séduit. Présentée dans le cadre de Brugge 2002, la dernière création du chorégraphe nous laisse sur notre faim. Accueilli au Concertgebouw, Paixào (Passion) s'échappe difficilement de l'imposante salle. Partant de la figure de Saint Matthieu, Bernardo ouvre son plateau à une dramaturgie éclatée, insufflant l'incroyable foi de l'apôtre à ses neufs danseurs. Évitant certains clichés liés au catalogue religieux, le chorégraphe parvient à diversifier son propos. La pièce aborde les prises du territoire amoureux et les passions qui en découlent. A l'image de son éclectisme musical (allant de Lauryn Hill à Bach, en passant par Nine Inch Nails), le spectacle est traversé par de multiples influences. Et finit par se perdre. Là où on aurait aimé pouvoir se concentrer sur la danse, on assiste à un dispersement de l'effort chorégraphique. L'utilisation périlleuse de la vidéo affaiblit un dispositif scénique déjà maladroit. C'est pourtant lorsque Claudio Bernardo est le moins bavard qu'il fait mouche. Comme avec ce début de pièce, où une jeune femme, après avoir fait l'amour, lévite un court instant dans un sentiment de plénitude. Ou encore avec ce passage où deux hommes se rencontrent autour d'un drap. Entre capture, chute et esquive, ou comment l'on finit toujours par rejoindre ce que l'on fuit. Le remplissage fait place alors à une danse fluide, rythmée et massive, comme celle qui habite Le Sacre, précédente création de la compagnie As Palavras («Les Mots» en portugais). Toujours dans un souci de transmission des mémoires collectives ou individuelles, Bernardo s'attèle à la musique de Stravinski. La vidéo prend ici toute sa saveur, à travers une série de témoignages d'adolescents d'Europe et d'Amérique Latine. Ceux-ci expriment leurs incertitudes face aux religions, au désir et à l'autre. Comme pour Paixào, l'orientation musicale prend des chemins surprenants. Stravinski se fond par moment dans l'électronica d'Aphex Twin et appuie une danse tribale et organique, entre rave party et rite initiatique. Natif du Brésil, Claudio Bernardo cultive une danse emprunte de sensualité et de force. Paixào aura sans doute souffert d'être représenté sur le plateau du Concertgebouw, où il est difficile de faire naître une telle alchimie. Le spectacle est à redécouvrir dans une salle aux dimensions plus modestes. Il reste maintenant à attendre le dernier volet du triptyque initié par le chorégraphe. The library of Congress (prévu pour 2003) devrait porter sur le patrimoine folklorique sud-américain.

Justin MORIN,
Publié le 2002-11-13

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

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Artiste(s) : Claudio BERNARDO (chorégraphe), Justin MORIN (rédacteur),
Passage(s) : Centre des Arts d'Enghien-les-Bains Enghien-les-Bains , La Machine à Eau Mons 7000 , Théâtre du Loup Genève 1205 , La Balsamine Bruxelles 1000 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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