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Frederick Wiseman contre la barbarie
La dernière lettre
Témoignage contre la barbarie, émouvante et intemporelle, La dernière lettre du documentariste américain est celle qu'écrit Anna Semionovna à son fils, quelques jours avant d'être tuée par les nazis.
Catherine Samie, sociétaire de la Comédie-Française, interprète Anna, médecin russe et juive, auteur de la Dernière lettre , dans un film en noir et blanc à la mise en scène sobre, voire austère, qui joue essentiellement sur un jeu d'ombres et de lumière, pour faire apparaître derrière l'actrice le peuple fantôme des disparus.
La Dernière lettre, présentée en séance spéciale au festival de Cannes, est extraite de Vie et Destin de l'écrivain Vassili Grossman dont la mère, professeur de français à Berditchev a été tuée dans le ghetto de la ville. Seuls 10 ou 15 juifs de Berditchev survivront au massacre.
A l'arrivée des Allemands le 7 juillet 1941 dans cette petite ville d'Ukraine où elle vit, Anna est chassée de son appartement et contrainte d'aller s'entasser, comme du bétail dans un abattoir, derrière les barbelés du ghetto, antichambre de la mort.
Traitée comme un chien galeux en train de crever, je me suis rappelée, dit-elle, ce que j'avais oublié: j'étais juive. Elle a fait son baluchon, emporté sa trousse de médecin pour continuer à soigner ceux qui vont bientôt mourir et quelques livres, Tchekov ou Les lettres de mon moulin avec lequel elle va apprendre le français à un gamin qui lui rappelle son fils Vitia. Car on continue malgré tout à vivre, une maternité a même été ouverte: l'espoir est indéracinable, dit Anna, pourtant sans illusion sur le sort qui l'attend. Elle découvre à cette occasion qu'il ne faut pas se fier aux apparences, certains si aimables s'avèrent les plus cupides et un homme dont elle pensait le plus grand mal lui offre son aide.
Avec une pudeur déchirante, la mère évoque son mariage raté, son amour pour ce fils qu'elle ne reverra pas, sa peur aussi.
Quand j'étais jeune et naïf, pendant la deuxième guerre mondiale, je croyais que la barbarie était réservée aux Allemands et aux Japonais, dit Frederick Wiseman dont c'est la première fiction. En grandissant j'ai réalisé que les assassinats à répétition sont tout simplement un des aspects de notre quotidien, et de citer la Bosnie, le Kosovo, la Chine, l'Algérie, le Rwanda, la Tchétchénie...
Le réalisateur (né en 1930) de Law and order, Hospital, High School, la Comédie Française et Domestic violence a adapté la Dernière lettre au théâtre dans sa ville natale de Boston, il y a une quinzaine d'années, puis à Paris au Studio-Théâtre de la Comédie Française, avant de l'emmener en tournée aux Etats-Unis et au Canada. Sortie le 13 novembre.
En même temps, MK2 sort Titicut follies, le premier documentaire de Frederick Wiseman, interdit pendant 25 ans aux Etats-Unis, qui montre la vie quotidienne dans un hôpital psychiatrique pour malades mentaux criminels dans le Massachusetts.
Sélectionné au Festival de New York en 1967, le film avait suscité un scandale pour la violence de certaines scènes et la nudité. Ce documentaire de 84mn est présenté en noir et blanc dans son format original 16mm au MK2 Parnasse.
Marie-Thérèse DELBOULBES (dépêche AFP)
Publié le 2002-11-13
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
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Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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