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L'empreinte de l'alcove

Entretien avec Héla Fattoumi

Chapeau : Avec «Walsa», Héla Fattoumi vient de créer un solo d'une rare intensité. C'est lors d'un séjour à Tunis, berceau de sa famille que cette danse s'est tissée, avec l'attentive complicité d'Eric Lamoureux. Entretien avec la chorégraphe.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Apparence :

Rubrique : 2

Héla Fattoumi chorégraphe
Christophe WAVELET rédacteur
Eric Lamoureux chorégraphe

Texte : Un autre aspect particulièrement marquant dans ce travail concerne la façon dont le féminin y est thématisé. Soit cette façon dont vous, en tant que femme, vous êtes mise, là, on scène.
Il y a la question difficilement contournable du désir. Et, corélativement, en termes de corps, le ventre. Le ventre, c'est ce lieu de soi qui, à la fois symboliquement et physiquement, pour une femme arabe, est à conquérir (et pour les autres femmes, sans doute, à reconquérir). Pour moi, il est l'enjeu de toute modernité, que ce soit dans un pays arabe ou dans l'histoire de chaque femme, moi y compris. Ça a sans doute été mille fois dit, mais qu'importe. C'est là que ça se passe, qu'il y a quelque chose à libérer, à . . . comment dire? Le pouvoir exercé sur une femme, il concerne toujours ce qu'elle peut faire de son ventre maternité, sexualité, masturbation. . . Au regard de ce qu'est la culture arabe, et quant à ma propre histoire de femme arabe, le processus aura été long et lent avant que j'émancipe cette part de moi (on parle de «part aveugle» dans le monde arabo-musulman - lorsqu'on en parle, c'est-à-dire presque jamais), en sorte que je puisse en faire ce que je désire. Mais les choses sont complexes le pouvoir, dans les cultures arabes traditionnelles, est apparemment détenu par les hommes. En réalité, toute la dimension magico-religieuse, qui constitue une sphère de pouvoir indéniable elle aussi, est gouvernée par les femmes, aujourd'hui encore. Le dénouement des conflits est également placé sous la juridiction des femmes, et transite par un certain usage ritualisé de la parole auquel les hommes n'ont pas accès. C'est important de le signaler. Et puis, au contraire du christianisme, la religion musulmane ne prône pas la continence sexuelle. Au contraire même; c'est ce que j'ai découvert au fil des lectures que j'ai faites pour le solo. Mais c'est l'institution du mariage qui autorise cette liberté, exclusivement. Enfin je crois que les enjeux sont aussi au-delà du rapport hommes-femmes. C'est pourquoi à Tunis, l'espace où je travaillais équivalait à un formidable espace de liberté. Il va de soi que je ne me comporte pas dans la rue à Tunis comme je le fais à Paris. Par respect, par souci de ne pas provoquer gratuitement ou bêtement les gens. Et il est probable que je n'aurais pas fait ce solo-là si je n'étais pas partie mettre enjeu ce que j'ai mis enjeu en étant en Tunisie.
(. . . )
Qu'en est-il, culturellement, familialement, de ce choix que vous avez opéré de faire aussi de la danse un métier?
J'ai dansé dès l'enfance. Danse rythmique d'abord, puis classique, puis jazz, puis danse moderne. Je ne sais pas si c'est moi qui ai demandé que l'on m'inscrive dans un cours, mais je me souviens que m'y rendre n'a jamais été une corvée. Au contraire. Tant que je dansais en amateur, cela suscitait plutôt une forme de fierté chez mes parents. Ensuite, lorsque c'est devenu un choix de vie, les choses sont devenues moins évidentes, comme pour la plupart des parents de danseurs. Par ignorance de ce qu'est la danse contemporaine, par la crainte de la précarité quasi légendaire de ce genre de choix social. Et de surcroît, du fait du caractère d'exposition publique de soi que ça suppose pour une femme. Ça n'était vécu par eux ni comme «sérieux», ni comme idéal pour leur propre fille. . . Quant à mes trois frères, c'est différent; ils faisaient du football, leur soeur dansait. Rien que de banal. Tout ça s'est transformé avec le temps. Ils viennent tous voir les pièces que l'on présente. On en parle. Ma mère était choquée parfois. Elle craignait que je ne sois en quelque sorte «possédée» pour danser comme je le fais quelquefois sur scène. Aujourd'hui, elle a admis que l'on puisse présenter sur scène des états dont elle estime qu'ils font partie de la vie courante, tels que transes, spasmes, etc. . . Que ce qui vient du corps, du ventre, puisse faire partie de la danse. Jusqu'à ce que l'on en parle ensemble, il était inconcevable pour elle que ce qu'elle considère comme relevant du privé, de l'intime, fasse l'objet d'un partage avec un publi

Date de publication : 01/09/1998


Mots-clés : métissage, sud, féminité, musique, improvisation
Inséré le : 23/04/2001 00:00
Thèmes : danse,