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Paix au gynécée


Arrêtez, c'est maman qui vous le demande



Marseille Objectif Danse (une structure qui décide sa programmation en fonction de critères éthiques et esthétiques et non sur des stratégies économiques et politiques) coproduisait cette semaine, avec le Théâtre de la Minoterie, une création de François Bouteau. Un spectacle légèrement grave.


François Bouteau alterne chorégraphie et interprétation. Deux postures, ici, très complémentaires. Il danse depuis 1996 dans la compagnie de Georges Appaix. Il partage avec ce dernier le goût immodéré pour la saveur des mots et le souci d'aborder la gravité du monde par la légèreté de l'art. Le titre de son dernier spectacle, Arrêtez, c'est maman qui vous le demande, donne d'ailleurs la tonalité générale de la proposition. François Bouteau n'hésite pas à se coltiner à un sujet casse-gueule et à mettre en scène trois femmes qui opposent leur féminité à la violence guerrière des hommes. Mais il évite avec pudeur tous travers moralisateurs. François Bouteau préfère la ritournelle aux grands discours : « Quand l'homme sera père / autant que la femme mère / plus de guerre ». Il n'y croit sans doute pas vraiment. C'est juste pour essayer et surtout pour la beauté du geste.
Trois danseuses en pantalon rouge et blouse blanche vaquent ainsi à leurs occupations. On peut imaginer toutes sortes d'activités laborieuses et/ou ménagères. Métaphore d'une existence commune dont les instants d'évasion sont autant précieux que rares. Certaines circulations évoquent le déplacement non consenti, le déménagement, ou pire, l'exode. La danse est, tour à tour, moments de respiration et d'exaspération, quête intérieure et adresse à l'autre. Les filles (Aïcha Aouad, Anne-Sophie Fayolle, Jeanne Vallauris) ne baissent pas les bras. Le geste n'est jamais lâche, même si parfois il est un peu vain. Elles dégagent ainsi une énergie salvatrice et régénératrice. C'est ce flux de vie qui suscite un certain optimisme communicatif. Car le propos, lui, n'est pas lénifiant. François Bouteau pose un regard amoureux mais lucide sur cet aréopage féminin. Elles sont un peu futiles, avec leurs manies dansantes. Jamais très loin du bord de la folie, mais toujours touchantes, car désarmées.
Un spectacle où les paroles dansent aussi. Certaines chantées, d'autres enregistrées. Certaines faisant sens, d'autres simplement sons et ambiance. Soliloques, dialogues ou bruits de fond pour tromper la solitude et se rattacher aux autres. François Bouteau emprunte de multiples pistes, mais pas pour nous embrouiller, pas pour faire le malin. Pour provoquer de l'étonnement et susciter des interrogations. Il touche au but, mine de rien.


Frédéric KAHN,
Publié le 2002-11-14

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre :
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Frédéric KAHN (rédacteur), François BOUTEAU (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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