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Au Proche-Orient, le pire est encore à venir

Les Rencontres d'Averroès

Chapeau : Les rencontres d'Averroès ont l'ambition de « Penser la Méditerranée des deux rives ». Le thème de cette année, « Comprendre la violence et surmonter la haine en Méditerranée », réunissait à Marseille le week-end dernier différents spécialistes autour de la crise proche-orientale.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Apparence :

Rubrique : 39

Frédéric KAHN rédacteur

Texte : « Penser la Méditerranée des deux rives » telle est l'ambition affichée chaque année par Les Rencontres d'Averroès. Pendant deux jours, à Marseille, des spécialistes (historiens, philosophes, ethnologues, politologues...) proposent, à un public toujours plus nombreux, une mise en perspective des enjeux du monde méditerranéen. Pour cette neuvième édition, les tables-rondes tournaient autour d'une question cruciale : « Comprendre la violence et surmonter la haine ». Et ce alors même que les perspectives sont particulièrement sombres, notamment au Proche-Orient. Le conflit israélo-palestinien est dans l'impasse la plus totale et la menace de guerre en Irak risque de déstabiliser encore plus la région. Mais, si sur le terrain la situation semble désespérée, les voies d'un règlement politique restent à portée de main.
La violence n'est pas ancrée dans le monde arabe comme une fatalité. Le recours aux textes sacrés (la Méditerranée est le berceau des trois religions du Livre) pour justifier un affrontement de civilisations n'est absolument pas satisfaisant. Se référer à l'Ancien Testament ou au Coran pour expliquer l'usage de la violence, c'est sortir ces textes de leur contexte spécifique. « Ce ne sont pas les textes, mais leur interprétation qui mène au meurtre de l'autre », déclare ainsi Yadh Benachour, spécialiste tunisien des rapports entre religion droit et politique. « Ce n'est pas la religion qui est violente, c'est le religieux », ajoute-t-il. Il y a en fait beaucoup plus de points communs que de points de ruptures entre la religion juive et la religion musulmane. De toute façon, comme le rappel l'essayiste Thierry Fabre (qui est également l'organisateur de ces rencontres) : Les conflits ne sont ni culturels, ni religieux, ils sont politiques ». Il est illusoire de vouloir éradiquer la violence, mais nécessaire de la gérer. « Ce qui permet de surmonter la violence, c'est la médiation politique, reprend la philosophe Myriam Revault d'Alones. Elle résiste à l'extrême de la conviction religieuse et à l'extrême de la conviction idéologique ».
Quelle forme pourrait prendre cet espace de médiation dans le cas du conflit israélo-palestinien ? Le différent entre les deux peuples n'est pas aussi incommensurable que l'on voudrait nous le faire croire. Ilan Greilsamer, professeur en sciences politiques en Israël et membre du Mouvement pour la paix est catégorique : « La grande majorité des Israéliens veulent la paix. Un récent sondage révélait que 78% d'entre eux sont pour le démantèlement des colonies ». Et en écho, le professeur d'histoire du Proche-Orient, Rashid Khalidi, rappelle que dans le Coran même est inscrite la reconnaissance du lien profond qui existe entre le peuple d'Israël et cette terre.
Depuis la poignée de main entre Arafat et Rabin (13 septembre 1993), il y a eu de nombreuses avancées vers la paix. Les différentes négociations ont permis de progresser de manière significative sur les points les plus sensibles : la restitution des territoires occupés et le partage de Jérusalem, notamment. Mais l'assassinat de Rabin (4 novembre 1995), l'ambiguïté de Ehoud Barak (pendant qu'il négociait avec les Palestiniens, l'implantation des colonies continuait de plus belle) et le manque de clairvoyance d'Arafat, ont fait le jeu des extrêmes. Le cercle infernal attentat - répression aveugle - attentats s'est remis en marche. Sharon a été élu Premier ministre israélien (le 6 février 2001). Et dans les populations, la peur et la haine ont pris le dessus sur la raison.
En janvier prochain, les élections législatives israéliennes vont très certainement être gagnées par le Likoud (le parti de Sharon et de Netanyahou) et de l'autre côté, « le système politique d'Arafat est en faillite », selon les propos même de Rashid Khalidi. Sans oublier la responsabilité écrasante de l'administration Bush qui encourage explicitement Sharon à persévérer dans sa politique d'humiliation du peuple palestinien. « Dans les mois à venir ça va être terrifiant », déclare l'historien Robert Ilbert, qui fait également référence à la crise irakienne. Et pourtant, personne ne veut ça ! Mais, ni en Israël, ni en Palestine, les forces politiques ne sont à la hauteur de l'enjeu. Les Européens seront-ils assez fort pour s'imposer comme une force de médiation ? L'ONU deviendra-t-elle un jour cette instance politique supranationale capable de régler, par la négociation, les conflits ? A court terme, rien n'est moins sûr.


Les Rencontres d'Averroès, se sont déroulées les 15 et 16 novembre, au Théâtre de la Criée à Marseille. Elles sont conçues par l'essayiste Thierry Fabre et organisées par l'Espaceculture.

Les comptes rendus des différentes tables rondes sont consultables sur http://periples.mmsh.univ-aix.fr/averroes/a>

Date de publication : 20/11/2002


Mots-clés : Palestine, Israël, violence, méditerranée
Inséré le : 20/11/2002 00:00
Thèmes : politique, politique générale,