Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Australie en construction

Host

Chapeau : De vraies découvertes venues du continent des antipodes, tel l'humour constructiviste de Host.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

GRAVITY FEED compagnie de danse
Gérard MAYEN rédacteur

Texte : Il fallait bien le tempérament de la Biennale du Val-de-Marne pour prétendre attirer le public des théâtres de la banlieue -c'est à dire le public tout court- devant des troupes dont le nom ne dit absolument rien même aux cercles les plus avisés : soit des compagnies venues d'Australie, continent jusque là resté sans relief dans le paysage chorégraphique international (tout du moins tel que lointainement perçu d'ici).
Gravity feed est l'une des quatre compagnies sélectionnées pour le Novembre australien actuellement en cours. Quelques dates, à Fontenay-sous-Bois, la première confidentielle, les dernières surnuméraires, lui auront suffi pour rencontrer son public. Lequel, du reste, doit conserver humeur intime : c'est, physiquement, comme dans un monde intérieur qu'on pénètre dans l'univers de ce collectif exclusivement masculin, d'artistes pratiquant tous les métiers hors scène, et investissant une utopie rigoureusement communautaire une fois sur le plateau.
Par le look et la mimique, à l'opposé absolu des carrures de surfers bronzés, les six performers -sans oublier de surcroît les architectes, designers, etc, dans ce qui apparaît autant comme une intervention plastique- répandent une atmosphère qu'on croirait volontiers surgie de quelque dissidence moderniste de la Mittle-Europa des années soixante : plutôt noire et grinçante, en complet-veston sur complexion un peu voûtée, de taverne. Gueules de BD, diront certains. Et vraie découverte, au demeurant.
C'est au fond de leur grotte que ces hommes entre deux âges reçoivent. Pour la pièce Host, Gravity feed a façonné douze très grands caissons, présentant une face taillée en biseaux et multiples facettes. Très légers puisque faits de carton, ces éléments peuvent glisser au sol, se renverser, se présenter sous tous leurs côtés, lisses et massifs, ou au contraire plein de prises à l'œil et aux gestes. Les performers peuvent donc aussi les rapprocher les uns des autres – comme des spectateurs qui tournent autour ou circulent au milieu -, ou bien les éloigner, les rapprocher, les articuler, les joindre et les disjoindre.
Une architecture mouvante est ainsi mise en œuvre, aux proportions impressionnantes, à la plastique incisive, ouvrant large l'espace, ou le refermant, libérant d'amples déambulatoires ou circonscrivant d'étroits cheminements, enfermant ou libérant son observateur. L'une des figures les plus saisissantes étant donc la grotte, dont les parois pleines d'arêtes font de surcroît mine de menacer de s'effondrer pour étouffer le visiteur.
Le dispositif impressionne. Les logiques turbulentes de l'espace sollicitent le spectateur dans ses propres postures. Celles-ci sont constamment perturbées, glissant du monumental à l'intime, du surplombant au chaos, de l'apaisant à l'inquiétant -là modérément toutefois- par des manipulateurs qui s'activent avec les mimiques et gestuelles mécanisées de l'obstination absurde. Leur grand ballet les fait tout autant confronter leur énergie à l'inertie de cette architecture molle, tramer entre eux des trajectoires de rencontre ou de dispersion, mais aussi se glisser physiquement parmi les spectateurs pour les surprendre à leur contact.
Là se décèle un certain manque de choix, un défaut de parti pris qui se tournerait plus radicalement vers les seuls objets, et une sorte de dispersion. Laquelle serait la source d'évidentes baisses de tension. Si la chose semble assez inévitable au fil des aléas d'un spectacle déambulatoire, c'est la musique qui vient redoubler cette impression, uniformément et sourdement urbaine, comme il était (par trop) attendu.

Host de la compagnie Gravity Feed, au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, jusqu'au 24 novembre dans le cadre de la Biennale du Val de Marne et de son Novembre australien.
Prochains spectacles : la compagnie Chunky Move à L'apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise (22 novembre), à Villeneuve d'Asq ( 26 novembre), à Bezons ( 29 novembre). La compagnie De Quincey à Vitry-sur-Seine, les 29, 30 novembre et 1er décembre.


Date de publication : 21/11/2002


Inséré le : 21/11/2002 00:00
Thèmes : danse,