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Nominations au festival d'Avignon
Chapeau : Exclusif : Vincent Baudriller et Hortense Archambault succédent à Bernard Faivre d'Arcier à la direction du Festival d'Avignon. Chaque année leur sera associé un artiste : Thomas Ostermeier en 2004, Jan Fabre en 2005, Josef Nadj en 2006 et Frédéric Fisbach en 2007.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre Ressource : brève / notice
Rubrique : 44
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Hortense ARCHAMBAULT directeur de structure
Vincent BAUDRILLER directeur de structure
Thomas OSTERMEIER Metteur en scène
Jan FABRE Metteur en scène
Josef NADJ chorégraphe
Frédéric FISBACH Metteur en scène
Olivier PY Metteur en scène
Texte : Selon plusieurs sources concordantes, le ministère de la Culture devrait annoncer par un communiqué à l'Agence France-Presse, mercredi 27 novembre, la nomination de Vincent Baudriller et Hortense Archambault à la prochaine direction du festival d'Avignon, à l'issue du mandat de Bernard Faivre d'Arcier. Jean-Jacques Aillagon choisirait là un changement générationnel, tout en optant pour une certaine continuité, puisque les deux jeunes futurs directeurs travaillent déjà au festival d'Avignon, en tant qu'adjoint à la programmation et qu'administratrice. Le ministre de la Culture leur impose toutefois de s'associer à un artiste renommé, qui changera à chaque édition du festival. Il s'agira du co-directeur de la Schaubühne de Berlin, Thomas Ostermeier en 2004. Aujourd'hui conseiller de Jean-Jacques Aillagon, Laurent Brunner avait à plusieurs accueilli le metteur en scène allemand lorsqu'il dirigeait la Scène nationale de Forbach. Succéderont à Thomas Ostermeier, dans le rôle d'artistes-associés : Jan Fabre en 2005, Josef Nadj en 2006 et Frédéric Fisbach en 2007.
Comment en est-on arrivé à ces curieux attelage ? Le feuilleton d'Avignon a commencé cet été par ce qu'il faut bien qualifier de maladresse politique. C'est en effet à la fin de l'édition 2002 du festival d'Avignon que Bernard Faivre d'Arcier apprend, par un simple appel sur son portable à l'entracte d'un spectacle, que son contrat, qui arrive à expiration en 2003, ne sera pas renouvelé. Pourquoi une telle urgence ? Pourquoi choisir le temps fort du festival pour rendre publique cette décision ? Mystère. Jean-Jacques Aillagon annonce alors qu'il décidera à l'automne de la personnalité qui succédera à Bernard Faivre d'Arcier. Début septembre, le cabinet du ministre de la Culture « consulte » plusieurs personnes, mais apparemment pas d'artistes, tenus à l'écart de la réflexion. En fait de « réflexion », on s'aperçoit vite que le ministère de la Culture n'a pas sérieusement travaillé sur le dossier du festival d'Avignon, qui aurait pourtant mérité un réel bilan d'évaluation prospective, et que seul compte le nom de celui à qui sera délivré le sésame du festival.
Un temps, Olivier Poivre d'Arvor, actuel directeur de l'Association française d'action artistique, semble sûr d'emporter la décision. D'autres candidatures sont évoquées : Jacques Blanc, directeur du Quartz de Brest ; Alain Herzog, administrateur du Théâtre National de la Colline ; et, déjà, le tandem Vincent Baudriller-Hortense Archambault, qui a les faveurs du conseiller de Jean-Jacques Aillagon pour le spectacle vivant, Laurent Brunner.
Curieusement, le ministère de la Culture refusera obstinément, pendant deux mois, de considérer une autre candidature, celle de l'écrivain et metteur en scène Olivier Py, qui a fait part dans les pages de
Mouvement (septembre 2002) de ses idées et propositions pour le festival d'Avignon. «
A nos yeux, sur le fond, Olivier Py n'est pas candidat, car il ne nous a pas envoyé son budget ! », entendra-t-on même rue de Valois... Olivier Py finira par être reçu, en fin de course, par le conseiller de Jean-Jacques Aillagon. Entre temps, de nombreux retournements de situation auront émaillé une prise de décision d'abord annoncée pour la mi-octobre !
Ayant (peut-être) déployé un « lobbying » trop intensif, et surtout proposé un projet pour le festival qui était loin de faire l'unanimité, Olivier Poivre d'Arvor, sentant la situation lui échapper, retire de lui-même sa candidature. Au ministère de la Culture, on dit craindre son « dépit » et on se met en quête d'un candidat ayant une «
bonne surface médiatique ». Le nom d'Ariel Goldenberg, actuel directeur du Théâtre National de Chaillot, semble s'imposer. Mais l'impétrant, pour accepter, semble demander qu'on enrichisse la dot du festival d'Avignon ; ce que Jean-Jacques Aillagon n'est guère décidé et accorder. Et il faudrait alors remplacer Goldenberg à Chaillot, ce qui serait ouvrir un nouveau casse-tête. L'idée, caressée un temps, de confier Chaillot à l'Orchestre de Paris, a vite fait florès.
Bref, la solution ne vient pas, les journalistes s'impatientent et haranguent même Jean-Jacques Aillagon, à l'instar d'Armelle Héliot dans
Le Figaro (22 octobre 2002) : «
Où en est-on aujourd'hui ? Dans l'absence totale d'imagination qui risque de coûter fort cher à Jean-Jacques Aillagon ». Le ministère de la Culture, alors toujours sourd à la candidature d'Olivier Py (et, surtout, au projet qu'il nourrit), se tourne alors vers les scènes internationales. Curieusement, alors qu'un artiste français semble irrecevable, on va solliciter le chorégraphe belge Alain Platel, et les metteurs en scène Franck Castorf et Christoph Marthaler. Aussi estimables soient-ils, comment imaginer un seul instant qu'ils puissent manier la structure d'un festival qu'ils connaissent mal ? Car au fil des ans, le festival d'Avignon est devenu un véritable monstre, avec une prolifération du « off » que rien ne semble pouvoir contenir ; et le contexte local n'est pas des plus brillants : la Ville d'Avignon a progressivement réduit son financement au « minimum syndical », rendant de fait la marge artistique du festival relativement faible en termes de capacités de production (le budget total du festival est de 8,5 millions d'euros).
Sans doute informé de cette situation, on peut imaginer que Christoph Marthaler y a regardé par deux fois... Toujours est-il que, voici quelques jours, le ministère de la Culture semble s'être retourné vers Vincent Baudriller en lui demandant d'accepter de prendre la direction d'Avignon, associé à un metteur en scène qui serait renouvelé d'année en année, sur le modèle des « commissaires d'exposition ». C'est, en tout cas, ce que l'on croit savoir.
La nomination de Vincent Baudriller aurait le mérite de mettre un peu de baume au cœur de Bernard Faivre d'Arcier, qui avait déclaré dans
Le Monde que son éviction avait un «
caractère politique ». Cela faisait mauvais genre !
Pour le reste, on verra. Auprès de Faivre d'Arcier, Vincent Baudriller a certes su insuffler, ces deux dernières années, des choix de programmation courageux. Cela suffira t-il, même avec le renfort d'un Marthaler, a impulser au festival d'Avignon une dynamique d'ensemble ? L'avenir le dira. Dans ce qu'il a dévoilé de son projet, Vincent Baudriller esquisse «
une autre façon d'accompagner les artistes, notamment en les aidant à présenter un parcours complet : une création, des reprises, des lectures, des films, des expos » (
Libération, 16 octobre 2002), en asseyant une programmation sur des relations plus étroites avec les partenaires avignonnais et de la région : Yvon Lambert pour l'art contemporain, Utopia pour le cinéma, la scène nationale de Cavaillon pour les jeunes troupes, etc. (
Le Figaro, 12 novembre 2002).
Cela ne fera peut-être pas un mauvais festival ; mais les réflexions avancées par Olivier Py étaient tout de même d'une autre trempe, à partir d'une conviction simple, mais qui a visiblement du mal à être entendue : «
mettre les artistes davantage au cœur du processus ». Jean-Jacques Aillagon, qui n'a pas jugé bon recevoir personnellement le metteur en scène, n'a visiblement pas eu (ou pas voulu avoir ?) le courage politique de choisir un projet qui aurait pu contribuer, au-delà de « l'affiche » du festival d'Avignon, à une véritable entreprise de refondation de l'action artistique et culturelle en France. Pour autant, il serait dommage (et surprenant) que les idées avancées par Olivier Py ne refassent surface, tôt ou tard...
Date de publication : 25/11/2002
Mots-clés : Festival d'Avignon
Inséré le : 25/11/2002 00:00
Thèmes : danse, politiques culturelles, théâtre,