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Un jeu de danse et de musique

C'est réciproque

Chapeau : C'est réciproque, la dernière création de Geneviève Sorin à Marseille, noue une relation entre danse et musique « pour rendre un état impalpable d'écoute et de réceptivité à l'autre ».

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : 2002

Frédéric KAHN rédacteur
Geneviève SORIN chorégraphe

du 14/11/2002 00:00 au 23/11/2002 00:00
Salle : Théâtre des Bernardines
17 bis, bd Garibaldi
04 91 24 30 40
Marseille 13001 France (Sud-Est)

du 14 au 23 novembre 2002

du 26/11/2002 00:00 au 30/11/2002 00:00
Salle : Le Merlan scène nationale
Avenue Raimu
04 91 11 19 20
Marseille 13014 France (Sud-Est)

du 26 au 30 novembre 2002


Texte : Geneviève Sorin n'est pas une artiste de la rupture. Au contraire. Depuis plus de 20 ans, cette chorégraphe-musicienne marseillaise, poursuit, avec autant de régularité que d'acharnement, le même cheminement artistique. Elle progresse ainsi, à la croisée de la musique et de la danse, sur un territoire mouvant et inconfortable. C'est Réciproque, sa dernière création, s'inscrit dans cette continuité toujours évolutive.
Contrairement à beaucoup d'artistes qui additionnent la musique et la danse pour épaissir leur proposition, Geneviève Sorin évite la surenchère et cherche réellement les points de contact sensitifs entre ces deux matières. Le jeu ne consiste pas à redire autrement la même chose, mais à instaurer une relation d'intensité entre sons et mouvements pour rendre « perceptible un état impalpable d'écoute et de réceptivité à l'autre ».
La démarche repose sur une forme d'improvisation extrêmement organisée, une longue préparation sans recette ni méthode. Geneviève Sorin ne prétend pas inventer, ex-nihilo dans l'instant, le geste juste et le son adéquat, mais elle préserve à l'intérieur d'un cadre délimité par un savoir-faire indispensable, un espace de liberté essentiel. « Qualitativement danse et musique n'imposent aucun contour. Elles naissent de l'écoute et du silence, du plein et du vide, de la nuance et de la suggestion. C'est dans cette liberté du dialogue engagé que, matière vivante et modulable, elles prennent sens et que le spectateur-auditeur peut s'approprier ce temps partagé... ». Et se laisser surprendre !
Cette relation se tisse lentement, grâce à une forte complicité artistique avec un compositeur (Michel Boiton), des danseurs (Isabelle Cavoit, Belkacem Tir, Bénédicte Raffin...), mais aussi un territoire. Depuis deux ans, Geneviève Sorin bénéficie d'une double convention de résidence-implantation au Théâtre des Bernardines et au Théâtre du Merlan à Marseille, ce qui lui permet de multiplier les occasions de rencontres avec la population, d'organiser des cessions de formations et autres trainings. Son écriture abstraite se nourrit de cet ancrage dans le réel.
Les questions récurrentes restent toujours les mêmes : comment rétablir le contact, relier les individus ? Et les réponses, ici, sont esquissées par le dialogue entre six danseurs et cinq musiciens : il faut sortir des formes préétablies, accepter l'imprévisible, être dans le flux de la vie...
Rien n'est définitif. Tout est en devenir, au sens deleuzien du terme. « Devenir, ce n'est jamais imiter, ni faire comme, ni se conformer à un modèle, fût-il de justice ou de vérité. Il n'y a pas un terme dont on part, ni un auquel on arrive ou auquel on doit arriver [...] Les devenirs, ce sont des orientations, des directions, des entrées et des sorties ». Cette indétermination redonne de la valeur (ou plutôt de la « puissance ») à l'instant vécu, mais provoque aussi, à la moindre hésitation, un sentiment d'aléatoire et de flottement. Les circulations deviennent alors un peu dérisoires, comme si la scène, métaphore du monde, était soudain devenue trop grande. Par contraste, l'univers musical inventé par Michel Boiton résiste mieux à cette dilution et reste étonnamment homogène. Les sons se recomposent sans cesse en suivant une ligne rythmique imprévisible, mais cohérente.
La réciprocité n'opère donc pas pleinement. De toute façon, le mouvement qui unit la danse à la musique ne sera jamais nettement tracé. Juste une direction vers laquelle tendre pour relier les êtres entre eux. Comme ces impulsions-pulsions que la danseuse Isabelle Cavoit distille tout au long du spectacle ; musique du corps qui épuise la tension pour que seule l'intention, l'adresse à l'autre, demeurent.


Date de publication : 27/11/2002


Inséré le : 26/11/2002 00:00
Thèmes : danse,