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Bach, comme une drogue
«Iets op Bach»
Chapeau : Chorégraphe de la frange et de la misère, Alain Platel navigue entre trivialité et sacré. Rien d'étonnant à ce qu'il ait décidé de faire équipe avec la musique un peu encanaillée de Bach dans une création qui tient de l'opéra forain.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : 1
Pierre HIVERNAT rédacteur
Alain Platel chorégraphe
Texte : Alain Platel provoque partout où ses spectacles se produisent, polémiques, débats et interrogations, il énerve, agace, suscite des enthousiasmes rares et devient, aux corps défendant de ses acteurs, un pivot. Il touche des zones fragiles, très réactives, jusqu'au sacré; et des multiples cocotiers qu'il secoue, tombent au moins deux thèmes qui font mal la contemporanéité et la place du spectacle vivant. A écouter attentivement les spectateurs qui sortent de l'un de ses derniers spectacles et plus particulièrement une partie du public plus familière des salles de concerts rock que des théâtres, revient systématiquement cette idée que Platel est en phase, au plus près de son époque, bref, contemporain. A vrai dire, il n'est pas de son temps mais en léger décalage vers un futur très proche. il ne se situe pas en éclaireur mais a franchi suffisamment d'étapes pour être aux avant-postes. Platel agace d'autant plus que tout le monde sait bien qu'il n'est pas un provocateur et qu'il n'a aucun fond de commerce à vendre. A la manière de Ken Loach au cinéma, Platel ne fait pas de documentaire, il n'a rien à démontrer et n'entend pas faire oeuvre sociale. En ces temps de discours sur la «démocratisation de la culture» et la place sociale de l'artiste, ça trouble nécessairement les esprits qui n'ont pas trouvé de troisième voie par peur ou simple fainéantise de la chercher. Le processus qui l'a amené à «Lets op Bach» parle pour lui. «J'ai d'abord écouté Bach, très longtemps, pendant un an et demi. En même temps, nous finissions la tournée de «La Tristeza» complice» et de «Bernadetje», je ne savais rien de ce que j'allais faire, je n'écris jamais rien, même pas les parties chorégraphiées, elles viennent au fur et à mesure, on en prend et on en laisse. Je n'embauche les danseurs que sur leur personnalité. Un exemple de Minne Ghani Vosteen est caractéristique. il étudiait la danse à Amsterdam et a découvert un soir «La Tristeza». Après, il ne nous suivait pas vraiment, mais on l'a retrouvé à plusieurs reprises, il aimait tellement ce spectacle qu'il s'est débrouillé pour le voir plusieurs fois, là où il passait. Un jour, il m'a demandé s'il pouvait participer au prochain, tout en m'expliquant qu'il avait un enfant en bas âge et qu'il ne pourrait pas vraiment s'éloigner de chez lui pour répéter à Gand. Finalement, il est venu avec son enfant. Le processus de création de «Lets op Bach» a été assez long, cinq mois, et cette petite fille était toujours là, chacun s'est habitué à faire attention à elle et je suis vraiment frappé de la conscience qu'elle a des différents éléments du spectacle. Quand elle veut, elle est aussi sur scène pour les représentations.
Date de publication : 01/06/1998
Mots-clés : collectif, musique, social
Inséré le : 27/04/2001 00:00
Thèmes : danse, musique, théâtre,