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Art dégénéré

Pour mémoire...

Chapeau : Allemagne, fin des années 30: les nationaux-socialistes entendaient simultanément «esthétiser la politique» et éradiquer les «exhibitions d'un monde en voie de putréfaction».

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique (Mots-clés : )

Genre Ressource : édito / chronique

Apparence :

Rubrique : 1

Adolf HITLER personnage politique
Jean-Marc LACHAUD rédacteur
Marc CHAGALL peintre
Otto DIX peintre
Kurt SCHWITTERS performeur

Texte : Le 19 juillet 1937, fut inaugurée, à Münich, la Maison de l'art allemand. A l'occasion de cette manifestation, avaient été rassemblées diverses productions sensées témoigner de la puissance créatrice de la nouvelle Allemagne. Simultanément, en contrepoint, était organisée une exposition d'« art dégénéré», ayant pour fonction d'exhiber, en utilisant les artifices d'une moquerie malsaine et la brutalité d'une dénonciation barbare, la vulgarité et la décadence d'oeuvres réalisées par des êtres inférieurs et nuisibles, criminels et malades. Montrer des tableaux peints par les artistes les plus significatifs de la modernité artistique (Chagall, Dix, Emst, Grosz, Kandinsky, Kokoschka, Marc, Schwitters...) devait ainsi servir à démontrer le caractère non allemand d'un art produit par des sous-hommes et des pervers, des déviants et des fous, la réalité dérangée d'oeuvres contaminées par une vision judéo-bolchévique du monde. Avant de s'emparer du pouvoir, les nationaux-socialistes avaient théorisé leurs objectifs en matière de culture et combattaient, par le verbe et par la violence physique, les oeuvres impures à éliminer et leurs auteurs, décrits comme des ennemis du peuple allemand. il s'agissait de purifier les domaines de l'art et de la littérature, d'éradiquer, comme l'affirmait Hitler dans «Mein Kampf», les «exhibitions d'un monde en voie de putréfaction». Ce dernier, considérant que seule la race aryenne possédait la faculté de créer, s'en prenait aux «grimaces cubistes» et écrivait que les oeuvres majeures de l'époque étaient des «productions de malades mentaux». Dès la prise du pouvoir effective, s'affirmera la volonté de transformer l'art en instrument de propagande d'où l'émergence d'un «réalisme emphatique», étrange tentative de réconciliation entre «le naturalisme douillet du petit-bourgeois» et «l'exhibitionnisme du conquistador» selon l'analyse de Olivier Revault d'Allonnes(1). Au-delà de cette inféodation de l'art à l'idéologie, les discours et les décisions de l'Etat nazi doivent être abordés en évoquant le cadre qui les détermine, à savoir un processus exacerbé d'esthétisation de la politique (remarquablement pensé par le philosophe Walter Benjamin). En ce sens, et dès lors que l'action politique s'incarnait en tant que création artistique, l'art pouvait devenir, comme le précise Eric Michaud, «la raison d'être et la fin du régime»(2).

Date de publication : 01/06/1998


Mots-clés : fascisme, politique, art, liberté
Inséré le : 02/05/2001 00:00
Thèmes : politique générale, politiques culturelles,