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Un turbulent silence

Chapeau : De la conquête des sons-bruits, en 1914, aux premières compositions électroacoustiques, en 1955, jusqu'à la musique de la limite, début 70, la musique électronique italienne a brisé sa coque académique pour occuper la rue.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Ginoda SOLER rédacteur

Texte : Pour retracer l'histoire des pionniers de la musique électronique italienne, impossible de faire l'impasse sur le nom de Luigi Russolo – et plus largement sur l'inattendu futurisme. En 1913, il écrit L'Art des Bruits, authentique manifeste de la musique futuriste, et proclame la nécessité d'aller au-delà de la gamme restreinte des sons musicaux traditionnels. Sa devise : « Il faut rompre le petit cercle des sons purs et aller à la conquête de la variété infinie des sons-bruits. » Voilà une nette anticipation des théories de la musique concrète, et de la musique électronique en général, pas seulement italienne. Russolo passe rapidement de la théorie à la pratique et invente un instrument : le « Rumorarmonium ». En 1914 a lieu le premier vrai concert pour Rumorarmoniums, qui se répartissent en « crépiteurs », « siffleurs hululateurs », et « bourdonneurs »... Le tout avec une partition rigoureuse. Inutile de préciser les réactions du public : les pionniers, fatalement, déclenchent les hauts cris, au moins pour leurs premiers exploits.


Erreur parfaite
Saut dans le temps : quelles réactions suscitent les premières compositions électro-acoustiques pour bande magnétique de Luciano Berio et Bruno Maderna, dont les fécondes expériences donnent naissance, début 1955, au Studio de phonologie dans les locaux milanais de la Rai ? Et les premières – non les moindres – expérimentations « électroniques » de Luigi Nono ? Les expériences de ces trois grands compositeurs ont été cruciales pour la musique électronique italienne, mais avec une limite évidente et intrinsèque : elles sont restées enfermées dans le milieu académique, fût-il d'avant-garde... Il faudra attendre d'autres expériences pour transporter le langage de la musique électronique des studios poussiéreux vers les rues, les places, les théâtres « off », et les lieux improbables, comme les usines.
Qui mieux que le noyau élargi de MEV (Musica Elettronica Viva) a su s'emparer de cette impulsion libertaire et libératoire du son électronique ? Selon Alvin Curran, l'un des fondateurs, le MEV fut une erreur parfaite. Le groupe, composé principalement d'étrangers (Allen Bryant, Ivan Vandor, Richard Teitelbaum, Frederick Rzewski et Alvin Curran) résidant tous à Rome au milieu des années 60 et aspirant à devenir des compositeurs comme Boulez ou Stockhausen, s'est en fait retrouvé avec un autre rêve entre les mains : un rêve collectif et proliférant, une aventure déferlante.


Viscérale et improvisée
La musique n'était plus alors dans les académies, mais dans les happenings sur les places, les sit-in, les facs et les usines occupées. Entre leurs mains : les premiers synthés bricolés, des plaques de verre amplifiées, des oscillateurs, une kalimba africaine montée sur un bidon métallique. Une musique puissante et viscérale, dérangeante et improvisée. De la pure énergie. Cela se passe en Italie entre 1966 et 1971. Au tout début des années 70, émerge une génération créative et innovante, une « Time Zone » d'une incroyable richesse. Une musique de la limite créée avec peu de moyens, des technologies pauvres, évidemment analogiques, mais capable de mêler recherche électronique et sensibilité pop, comme jamais auparavant. Des noms ? Franco Battiato, Roberto Cacciapaglia, Claudio Rocchi étaient les premiers et les plus importants. À partir des années 80, les figures cultes : Maurizio Bianchi, Raffaele Serra, Eraldo Bernocchi, Gigi Masin, Luca Miti, Starfuckers, Giancarlo Toniutti... Hors du temps, de grands outsiders comme Walter Marchetti ou Vittorio Gelmetti mériteraient un article à part.


Texte reproduit avec l'aimable autorisation du Batofar.
Programmation détaillée et retransmission intégrale sur www.batofar.org

Date de publication : 04/12/2002


Mots-clés : Italie
Inséré le : 04/12/2002 00:00
Thèmes : musique, politique,