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Vous le connaissez forcément

Robert

Chapeau : A partir de fragments d'écritures puisées dans l'œuvre de Michaël Gluck, Angela Konrad a construit, dans le cadre d'un dispositif de production original, un spectacle d'une rare intensité émotionnelle.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Frédéric KAHN rédacteur
Angela KONRAD Metteur en scène

Texte : Il faut toujours intituler les formes, même pour donner dans l'informe. Sachant, de toute façon, que les noms ne sont jamais bien propres et ne signifient pas grand-chose. Ici, donc, ce sera Robert, titre d'un spectacle pour des figures multiples en des temps plus que jamais incertains. Précisons tout d'abord que cette proposition est la premier d'une série de quatre projets qui seront produits et diffusés en 2002-2003, dans le cadre, d'Opening Nights. Ce processus artistique, porté par le Théâtre Antoine Vitez et le 3 bis f. (tous deux installés à Aix-en-Provence), réinterroge concrètement les modes de fabrication théâtrale et les places artistiques (auteurs, metteurs en scènes, acteurs). Le travail a été mené sur trois ans, il engage des individus, mais au sein d'une collectivité à réinventer. Opening Nights est clairement un outil d'analyse critique sur les mutations de notre société.
Robert est donc le premier fruit de ce dispositif de production atypique qui ne court pas à n'importe quel prix derrière l'"excellence", mais cherche d'abord à définir un sens pour une communauté élargie. Et, comme par hasard, cette première production est mise en scène par Angela Konrad, une artiste qui, bien qu'elle développe l'une des démarches les plus pertinentes de la région PACA, est régulièrement refoulée par les "experts" de la DRAC.
Ce spectacle est de fait un objet bâtard, bancal... mais d'une insondable profondeur. Il est construit à partir de brides de textes de Michaël Gluck, un auteur juif, hanté par la Shoah. Sur ce matériau on ne peut plus sensible, Angela Konrad (qui pour tout arranger est allemande d'origine) n'a pas hésité à agglomérer des signes hybrides plus ou moins empruntés à notre patrimoine culturel et à la grande Histoire : la figure christique, l'Art de la Renaissance, l'Opéra et la débandade... Pour les personnages, nous sommes également en terrain familier : la mère, les fils, les filles et quelques autres membres de la grande famille déchirée. Ils sont plus comiques que tragiques, car, in fine, le dérisoire est une forme particulièrement bien adaptée à la restitution du cirque humain. Le tout avec une distribution hétéroclite donc, elle aussi, terriblement humaine.
"Je fais du théâtre pour régler mon problème avec la mort". C'est en toute lucidité qu'Angela Konrad retrouve la fonction première de la représentation : convoquer les morts, la mémoire du monde, les ombres qui nous hantent et inscrire ce petit manège pas très reluisant dans un présent, une dynamique, un devenir. "Le théâtre se justifie encore et toujours par la dure tâche de refigurer les histoires de son temps et de montrer l'être humain comme celui par qui l'histoire arrive", déclare encore Angela Konrad.
La proposition est donc fondamentalement actuelle, car elle travaille à la conjonction de deux temps : le temps long de l'Histoire et le temps court de nos petites affaires subjectives (qui au fond n'intéresse personne). Toute une série de rituels permettent de dresser des ponts entre ces deux temporalités, nous rappelant par là-même que le théâtre n'a de sens que s'il est envisagé comme un cérémonial. Ce spectacle tout en mettant à jour la nécessité du masque, protection contre une vérité impossible à assumer, montre le caractère illusoire et dérisoire de ces stratagèmes. Les essences parfumées de la représentation servent alors à masquer l'odeur de la charogne et de la putréfaction. Le leurre dramaturgique, qui assure la structure de l'objet artistique n'est pas une fin en soi, mais la mise en abyme du réel au plus profond du jeu. Et l'on passe ainsi du jeu au je. Avec beaucoup de plaisir et sans être pour autant confronté à un objet racoleur de séduction. Car l'enjeu n'est plus dans l'étalage d'un savoir faire, mais dans la préservation, malgré tout, d'un lien entre les êtres. Les acteurs font avec ce qu'ils sont, à l'image d'un Bernard Palmi qui impose le respect par sa capacité à se mettre vraiment en danger. En acceptant de se débarrasser de son ego, il frôle le ridicule en tout conscience et en sort grandi. Il est membre à part entière de cette communauté humaine (Isabelle Valla, Isabelle Mirova, Stéphanie Seguin, Anik Danis, Hélène Ferracci, Laurent Kiefer), touchante à condition de dépasser tout jugement moral. Hypocrite spectateur, mon semblable, mon frère...

Robert sera présenté le 3 décembre au Théâtre de l'Astronef à Marseille ; le 6 et 7 à La Vallette du Var ; et à l'automne 2003 au Théâtre de Lenche, à Marseille.
Angela Konrad créera The wood became to move au Théâtre des Bernardines, les 5,6, 7 février 2003.



Date de publication : 05/12/2002


Inséré le : 04/12/2002 00:00
Thèmes : théâtre,