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Mieux vaut Lyotard

Discours, figure

Chapeau : Après la mort de Jean-François Lyotard, en avril 1998, Mouvement livre quelques fragments de «Discours, figure», ouvrage publié en 1971. Un livre défricheur, qui «prend l'art pour guide».

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : 1

Jean-François LYOTARD philosophe

Texte : (. . . ) L'opposition n'épuise pas le sens, mais la signification et la désignation conjuguée non plus. Nous ne pouvons pas en rester à l'alternative de ces deux espaces entre lesquels se glisse le discours, celui du système et celui du sujet. il y a un autre espace, figural. il faut le supposer enfoui, il ne se donne pas à voir, ni à penser, il s'indique de façon latérale, fugitive au sein des discours et des perceptions, comme ce qui les trouble, il est l'espace propre au désir, l'enjeu de la lutte que les peintres et les poètes ne cessent de mener contre le retour de l'Ego et du texte.
En cherchant à caractériser cet espace, ou du moins ses effets dans les données du discours ou de la vue, on ne vise pas seulement à le disjoindre de l'ordre de la signification ou de la profondeur de la désignation, on se met en posture d'approcher le lieu où travaille la vérité. La vérité ne se trouve pas dans l'ordre de la connaissance, elle se rencontre dans son désordre, comme un événement. La connaissance suppose l'espace de signification où réside l'ensemble des contraintes syntaxiques qui régissent la consistance de son discours; et pour autant qu'elle est discours référentiel, elle requiert aussi l'espace de désignation au sein duquel le locuteur savant jauge la référence de son discours. Mais la vérité survient (e-venit) comme ce qui n'est pas à sa place; elle est essentiellement déplacée; comme telle, promise à l'élision: pas de place pour elle, pas pré-vue, ni pré-entendue. Tout est en place au contraire, dans les deux espaces de la signification et de la désignation, pour que ses effets paraissent de simples erreurs, bavures dues à l'inattention, au mauvais ajustage des pièces du discours, à la mauvaise accommodation de l'oeil. Tout est prêt pour l'effacement de l'événement, pour la restauration de la bonne forme, de la pensée claire et distincte. La vérité se présente comme une chute, comme un glissement et une erreur: ce que veut dire en latin lapsus. L'événement ouvre un espace et un temps de vertige, il n'est pas rattaché à son contexte ou à son environnement perceptif, cette discontinuité ou ce flottement va de pair avec l'angoisse: «Quantum d'angoisse librement flottant (. . . ) qui se trouve prêt à chaque instant à se lier au premier contenu de représentation venu » (2)L'inattendu n'est pas angoissant parce qu'inattendu comme le disent les bons esprits du rangement, il est inattendu parce qu'angoissant, inattendu en ce que l'angoisse se mêle à des «représentations» (des significations, des désignations) où elle paraissait n'avoir rien à faire et les marque, de manière insensée. Que l'attente ne soit pas telle que justement l'insensé soit forclos ou refoulé, pas reçu, ou bien s'il est reçu, travesti, qu'elle se prête à l'événement, cela exige aussi du côté de l'oreille ou de l'oeil (oreille pour la signification discursive, oeil pour la désignation représentative), quelque chose de librement flottant, le déploiement d'une aire événementielle, et au fond un dérèglement.

Date de publication : 01/06/1998


Mots-clés : expérience, sens, art, psychanalyse
Inséré le : 02/05/2001 00:00
Thèmes : philosophie, esthétique,