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Performance aux petits oignons

La Poule enchantée et De-gré(S)

Chapeau : Rien ne se perd, et tout se crée parce que tout se transforme. Simon Hecquet, Sabine Prokhoris et Matthieu Doze cuisinent les idées. Pascal Queneau les incorpore.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Apparence :

Gérard MAYEN rédacteur
Matthieu DOZE danseur
Simon HECQUET chorégraphe
Sabine Prokhoris auteur
Pascal QUÉNEAU danseur

Texte : «Le travail du rêve ne raisonne ni ne calcule. (...) Il se contente de transformer.» Une fois n'est pas coutume : c'est une citation de Sigmund Freud qu'on remarque en exergue de La poule enchantée - Salon de cuisine. On s'habituait à plus branché. Oui mais voilà : la psychanalyste Sabine Prokhoris compte parmi les performeurs ici réunis. Et cette présence peu courante signale un possible retournement dans l'approche de l'inconscient. Sabine Prokhoris a notamment publié Le sexe prescrit, qui agresse les frontières des rôles sexuels assignés et prudemment balisés par la tradition psychanalytique.
Les genres rattachés aux sexes ne sont-ils pas à percevoir eux-mêmes comme des performances entièrement fabriquées et exécutées, dans le cadre du mariage par exemple, ou prosaïquement de la coutumière répartition des rôles autour des fourneaux ? La performance suppose sa partition. Mais une recette de cuisine ne procède-t-elle pas de ce même postulat d'un protocole mis en place, à observer et à interpréter ? Etc.
Rêve, transformation, cuisine, ingrédients, mariages, recette, partition, interprétation, performance, genres, performance des genres. On ne fait que commencer... Les entrées, les angles et les pistes peuvent ainsi se multiplier à l'envi, nourrissant – c'est le cas de le dire – la performance de Matthieu Doze, Simon Hecquet et Sabine Prokhoris, initiée dans le cadre de l'exposition Campy, Vampy, Tacky, dynamite trans-genres conçue par Alain Buffard et Larys Frogier à La criée, centre d'art contemporain de Rennes, au printemps dernier. Performance reprise dans le cadre des Inaccoutumés, actuellement en cours à la Ménagerie de Verre.
Tout pourrait paraître assez simplement convivial dans le déploiement d'une énorme table de cuisine, avec sa gigantesque poêle à paella, au contact direct du public, couverte d'ingrédients en attente de transformation. Mais l'art culinaire ne produit pas de processus éminemment spectaculaire. Son rythme (à ne pas confondre avec ses temps de cuisson) est lâche. Il peut ouvrir à des lectures de textes littéraires, philosophiques, psychanalytiques, sur tous les thèmes déjà mentionnés. Il peut se trouer, un peu partout dans l'espace disponible, d'éclats vidéos, de répertoire ou de création, filant les métaphores, références et associations.
Ainsi flotte le salon de cuisine éclaté, propice aux conversations en aparté et prises d'assaut du bar, dans une spéculation rêveuse, et attente complice, d'un dénouement aux petits oignons. Mais soudain, contre-rupture dans les ruptures, le public est invité à changer de pièce, pour en revenir à la recette éprouvée d'un rapport scène-salle conventionnel. Où Pascal Queneau déguste lentement une pomme, ce fruit typique des danseurs à la pose, négociant le vide et le plein du transfert de l'être à l'espace, via les entrailles. Un air d'opéra pointe, lumineux, sur son nombril, et tandis qu'on peut rire ou pleurer de La dame de Shanghai, le garçon offre le nu de son buste à sa métamorphose en fée de l'underground électronique. Précieux, lunaire et maléfique.
Puis vint le partage du plat enfin prêt, multi-composite. Les matières s'en transforment encore. Et on n'a pas rêvé.


La poule enchantée – Salon de cuisine et De-gré(S) étaient programmés dans le cadre des Inaccoutumés samedi 7 décembre. La manifestation se poursuit, à la Ménagerie de verre, jusqu'au 14 décembre. Tél. 01 43 38 33 44.


Date de publication : 11/12/2002


Mots-clés : cuisine, psychanalyse
Inséré le : 09/12/2002 00:00
Thèmes : danse, performance,