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La pure expérience de l'instant
Transformation de la vie
Chapeau : Sans lui la modernité aurait moins de charme. Chorégraphe inventeur, Merce Cunningham incarne un très large territoire de la danse du XXè siècle, ouverte à un dialogue constant avec d'autres disciplines artistiques et éprise de liberté.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : analyse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Apparence :
Rubrique : 1
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Merce CUNNINGHAM chorégraphe
John CAGE musicien
Texte : Là où l'avant-garde se justifie parfois en abusant d'une phraséologie rebutante, Merce Cunningham confie avec une désarmante simplicité: «je pense à la danse comme à une constante transformation de la vie même.». Ou encore: « je compare les idées sur la danse et la danse elle-même à de l'eau. . . Tout le monde sait ce qu'est l'eau et ce qu'est la danse, mais la fluidité les rend cependant insaisissables».
Initialement formé aux claquettes, il fut l'un des premiers danseurs masculins de Martha Graham, avant d'explorer sa propre conception du mouvement, qu'il va libérer des intentions psychologiques comme de la soumission au tempo de la musique. C'est avec le compositeur John Cage, complice et ami de toute une vie que Merce Cunningham allait affiner cette dimension de la danse, résumée par une formule sybilline: «Nous n'avons pas besoin d'être poussés par la musique. Nous nous poussons nous-mêmes.»
Parce qu'il lui semble essentiel de confronter la danse aux courants de son époque, Cunningham noue pareillement de solides amitiés avec des peintres et artistes visuels qui bouleversent la conception du tableau: Rauschenberg, Jasper Johns, de Kooning, Andy Warhol seront, bien avant de connaître gloire et célébrité, partenaires de ses créations. La collaboration avec Marcel Duchamp à partir de son «Grand verre», ne sera pas le moindre épisode de cette aventure artistique majeure. . .
Pour Merce Cunningham, il s'agit de juxtaposer des points de vue, non pour créer « l'oeuvre d'art totale », mais afin d'ouvrir le champ de perception de la danse. Pour lui, la scène n'est plus dominée par un centre unique; chaque point dans l'espace est équivalent. Ce faisant, il rompt radicalement avec la tradition classique du ballet, et cultive l'intelligence de l'oeil, en l'incitant à saisir dans l'espace des apparitions fugitives, à goûter des densités, à reconnaître d'invisibles volumes, à se laisser entraîner par le flux du mouvement. Plus de centre, de héros, ou de perspective privilégiée: la danse s'éveille « à un monde qui ne comprend ni lignes droites, ni formes parfaites, où les événements ne se produisent pas par séquences mais dans un désordre absolu. » («Tao des physiques»). A l'heure où la science flirte avec « la théorie des catastrophes », on se surprend à penser que Merce Cunningham avait quelques longueurs d'avance. . .
Le chorégraphe est inimitable, mais la recherche d'une telle autonomie de la danse a influencé plusieurs générations de chorégraphes: en France, Jean-Claude Gallota, Dominique Bagouet, Angelin Preljocaj et bien d'autres lui sont redevables d'avoir dépouillé l'art chorégraphique de ses vieux oripeaux.
Date de publication : 01/06/1998
Mots-clés : expérimentation, chorégraphie, scène
Inséré le : 03/05/2001 00:00
Thèmes : danse,