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Dernière collaboration

«Ocean»

Chapeau : Ocean aura été la dernière collaboration entre Merce Cunningham et John Cage. Le titre renvoie à un projet de Joyce: le livre qui devait suivre Finnegans Wake ainsi que John Campbell le dit un jour à Cage devait s'appeler Ocean.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : 1

Fabienne ARVERS rédacteur
Merce CUNNINGHAM chorégraphe
John CAGE musicien

Texte : La pièce devait être créée pour le festival James Joyce-John Cage à Zurich en 1991 en collaboration avec Merce Cunningham. John Cage décide de composer et de donner le titre de Joyce à une partition pour un grand nombre de musiciens. Le festival ne disposant d'aucun théâtre adapté au projet, «Beach Birds» remplace «Ocean». L'année suivante, John Cage meurt. Mais le projet résiste au deuil, à la perte et sera créé à Bruxelles le 18 mai 1994 au Cirque royal, dans le cadre du Kunsten Festival des Arts.
Remontons cinquante ans en arrière. Merce Cunningham danse chez Martha Graham. Interprète virtuose, il est son premier soliste. Jusqu'à cet été de 1938 où il accompagne Bonnie Bird, danseuse de la compagnie, en tant qu'assistant pour un stage au Mills College à Oakland, Californie. De retour à New York, elle cherche un accompagnateur pour ses cours à Cornish, un pianiste capable de composer pour ses chorégraphies et pour ses danseurs. On lui suggère de prendre contact avec John Cage, alors «jeune compositeur» formé par Richard Buhlig, Adolph Weiss, Henry CoweIl et Arnold Schönberg. Ce fut le choc. «Grâce à lui, la créativité des élèves est passée au cran supérieur, relate Bird.
Par exemple, il dessinait sur le plancher comme si c'était un grand tableau noir les étudiants en sont arrivés à concevoir le temps par analogie visuelle avec l'espace.» Cage annonce déjà ce qui sera le principe même de leur longue collaboration artistique: «J'essaye de composer la danse et la musique simultanément plutôt que d'ajouter consécutivement la musique à la danse ou la danse à la musique.»
Pour Cunningham, c'est la révélation. Il quitte bientôt la compagnie de Martha Graham et s'associe aux expériences de Cage. Ils ne se quitteront plus. Leur valeur commune est le temps, un temps rétif à toute chronologie, soumis à l'aléatoire et au hasard. En 1951, Cunningham en fait un élément-clé lorsqu'il écrit La fonction d'une technique pour la danse: «En coordonnant la danse et la musique, aucune des deux ne devrait être submergée par l'autre, car cela rendrait l'une dépendante de l'autre, et pas indépendante comme elles le sont naturellement. La danse et la musique peuvent être réunies par le temps, par une structure rythmique particulière de temps impliquant des phrases, lesquelles indiquent des points de rencontre adéquats et donnent à la musique et à la danse une liberté de jouer expressivement avec et contre une structure partagée. Platon, dans le limée, dit: «Le temps est l'image mouvante de l'éternité. Le temps, essence même de nos vies quotidiennes, peut faire de la danse une image mouvante de la vie au plus haut.»»
Ces conceptions, résolument modernes et accueillies avec plus ou moins d'enthousiasme, trouvent pourtant leur origine dans la tradition zen dont John Cage restera toute sa vie un adepte. N'écrivait-il pas dans Pour les oiseaux : «J'aime à penser que chaque chose a non seulement sa propre vie, mais son centre, et que ce centre est, à chaque fois, le centre même de l'Univers. Or, cela, c'est l'un des thèmes principaux que j'ai retenus de mon étude du zen. Ce que m'a appris Suzuki, mon maître de zen, c'est que nous ne cessons d'établir, hors de la vie des choses, un moyen de mesure, et qu'ensuite nous nous évertuons à replacer, dans le cadre de cette mesure, chaque chose. Nous nous efforçons de poser des relations entre les choses, grâce à ce cadre. Alors nous perdons les choses. Le zen nous enseigne que nous sommes en réalité dans une situation de décentrement, par rapport à ce cadre. Dans cette situation, chaque chose est au centre. Il y a donc bien une pluralité de centres. Et tous sont en interpénétration. Et le zen ajoute: en non-obstruction.» Pour parvenir à cette non-obstruction, l'utilisation du «Livre du Yi-King» est à la source de toutes (ou presque) leurs compositions musicales et chorégraphiques: ces procédés aléatoires bouleversent le regard porté jusqu'alors sur la danse. Pour la chorégraphe Susan Buirge, il aura donc fallu attendre le XX ème siècle pour qu'un chorégraphe «tue enfin le regard du roi» et rende «toutes

Date de publication : 01/06/1998


Mots-clés : interaction, chorégraphie, espace
Inséré le : 03/05/2001 00:00
Thèmes : danse, musique,