Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
CONNEXE 02
Manifeste
A l'occasion du deuxième numéro de connexe, l'artiste Alain Declercq élabore Manifeste; un dispositif autour du quel des artistes de tous les milieux interviennent
CONNEXE 02 /
D' après une initiative de l'association ( mouvement) SKITE, Connexe lance sa deuxième édition et investit la maison des Métallos à Belleville. Chargé du projet, Alain Declercq élabore Manifeste: un dispositif plastique sur lequel des artistes appartenant à divers champs culturels sont invités à intervenir...
. "Le véritable progrès démocratique n'est pas d'abaisser l'élite au niveau de la foule mais d'élever la foule vers l'élite"(G.Le Bon, Hier et demain, 1865), On a souvent considéré la culture comme l 'une des valeurs fondamentales de notre société. Bien que l 'art ne représente pas à lui seul toute la culture, il est le plus souvent entendu comme loisirs, monopolisant toute l 'attention du spectateur. Il est bien évident que la sphère culturelle a su exploiter ce filon développant un ensemble de pôles attractifs. Loin des centres culturels qui confinent l 'art; dans ce Manifeste où tout semble continu, les spectateurs se plongent dans une atmosphère. Un événement plastique qui échappe aux conventions éducatives et économiques. Sans être un festival, ni une exposition conforme, Connexe est avant tout un milieu ouvert à un quartier où les différentes ethnies et religions coexistent. Un instant, un moment qui, dans la cohue urbaine, diphtongue...
Au fond d'une cour, un bâtiment est éclairé. Placardées sur tous les murs, des affiches avivent les façades et cassent la frontalité des lieux qui déjà s'annoncent. Sur cette collection d 'affiches des inconnus nous tendent des portraits. ANNE FREMYcible et nous retranscrit des sentiments d 'individus perdus dans la masse. Un travail d'empathie qui comprend l'individu et le fige sur l 'instant. Dans tous les recoins, les portraits s 'individualisent et imprègnent les différents lieux de leur présence éphémère. Quel est le réel impact des images contemporaines? Elles nous parlent et parfois même dirigées elles deviennent clichés adoptant une certaine intonation: L 'image est parole. En puisant ses images dans l 'univers des médias, ANNE FREMY cherche à dégager une certaine objectivité des faits car Il est encore vrai que si l 'image est devenue un médium de conversation voire d''information retranscrivant des faits auxquels nous n 'avons pas eu accès directement, nous ne pouvons pas connaître les faits mais seulement les comprendre. Devant l 'entrée le collectif AAA CORP déploie un véritable atelier de sérigraphie mobile réinitialisant toutes les données d'une France politisée. Sur un principe de production instantanée de sérigraphies, les spectateurs observent les étapes d 'une production en chaîne. Voyageant à bord de leurs véhicules SERIGRAPHIK, ces derniers inscrivent la sérigraphie dans le cadre d 'un parcours, des productions qui auraient plusieurs origines. En faisant un travail sur place, la sérigraphie devient empreinte et se spécifie au lieu : une production "in situ. La profusion d'images médiatiques alimente notre puzzle personnel. : un recoupement des tableaux qui régissent notre quotidien. Une gamme de 10 affiches sérigraphies a été ainsi réalisée et inspirée par des événements sociologiques. Dans cette optique, BRUNO PEINADO et VIRGINIE BARRE collaborent à cette production. Le hall d 'entrée est envahi de sérigraphies entreposées, l 'une d 'elles réalisée à l 'encre orange brouille de loin notre perception, en s 'avançant un peu plus près le buste d 'un berger allemand apparaît accompagné d 'une phrase écrite à l 'envers « : Attention France méchante". AAA CORP réinterprète la place de l 'image et du texte dans une société plus que jamais politisée par les médias, un avertissement sous forme de slogan qui revendique le retour de l 'image en tant qu'outil plastique et non plus comme le support qui viserait à promouvoir le marketing politique. La place de l 'image est à revoir car si les journaux télévisés et autres médias informent, ils ne le font que dans le cadre d 'un créneau horaire précis et cyclique concrétisant l 'avenue d 'un rituel des images.
Dans la grande salle, un dispositif de gradin inversé tourne le dos à la scène et fait obstacle incitant les spectateurs à aborder un autre point de vue. Avec Manifeste, ALAIN DECLERCQ réinvente le déplacement de foule et bouleverse notre approche frontale et contraint les spectateurs à échapper aux conventions qui ordinairement les régissent. Même si les événements politiques et historiques actuels ne nous ont pas réconcilié avec le milieu urbain, Manifeste tend à redéfinir une nouvelle approche de la ville concrétisant un espace de rencontre et de discussion où artistes et spectateurs se croisent. Ce dispositif s'alimente des interventions de tous les horizons politiques et culturels contribuant à une production de slogans écrits qui s ‘accumule de jour en jour dans un désordre soigné. Des chaises empilées, une table renversée, de la peinture encore fraîche, des tas de feuilles cartonnées viennent tapisser cet espace en perpétuel chantier soulignant une production de l'instant. La notion d‘atelier est de mise. L ‘artiste relance ainsi toutes les polémiques qui touchent ce lieu reconnu comme étant le symbole du mouvement ouvrier parisien du 20 éme siècle. Rachetée depuis peu par le monsieur Delanoe, la maison des métallos, ancien centre de la CGT métallurgie, est devenue un espace où plus de 80 associations se réunissent et animent le quartier. L'installation incite à la participation et propose aux néophytes de s ‘investir dans un processus de création, une nouvelle approche de l ‘art qui englobe le spectateur : un art au service et à l‘écoute de la société.
Placée en haut du gradin une régie contrôle l ‘ensemble technique, et attire toute l ‘attention devenant ainsi le pole de résonances où les propos et interventions plastiques s ‘organisent. A travers un réseau de rétroprojecteurs les différents lieux et interventions plastiques s'exposent, la simultanéité des faits relance la mise en situation. Outil de diffusion et à la base de toutes polémiques sur les images : Internet donne t il sens au monde qui nous entoure. Ouvrant une nouvelle porte sur le monde du multimédia, WATOO crée www.connexe.org. Ce site propose des combinaisons de clips puisés dans le web autour des quelles s 'articulent des slogans composés par les spectateurs et internautes. Ce concept convoque également ARTISHOC et SAMUEL BIANCHINI à exposer des dispositifs qui interagissent avec le site. Cette technologie manipulée rythme les mots, des allures d'activités contestataires qui spiritualisent voire amusent l'intervenant qui dialogue avec le pouvoir.
Un combat de chiens s ‘organise. Créant une tension entre violence et affection, des machines aux allures de chiens se coursent et se battent.. Stephane sautour exploite les nouvelles technologies de guerres et détourne le comportement des AIBO. Dans la ligné des tamagotchi, Ces robots domestiques développés par Sony en 1999,sont ordinairement d ‘adorables machines capables d ‘adopter des comportements proches de l ‘homme. L'artiste détourne leur attitude et leur inculque de nouvelles stratégies de guerre. Autonomes, ces machines sont capables d ‘inter agir avec n ‘importe quel milieu. L ‘artiste se penche sur l ‘impact des nouvelles technologies sur le genre humain cassant l ‘utopie d ‘une vie artificielle corrompue.
Le temps d'une performance, le plasticien BENJAMIN SABATIER s'exerce à la réitération d ‘actions jusqu'à épuisement du corps et interroge ainsi l ‘ancien espace ouvrier mis à sa disposition
La lecture est venue redonner une tonalité au dispositif reprenant des textes d ‘auteurs comme Outrage aux mots de Bernard Noël interprété par l ‘actrice JULIETTE BINEAU. Ce texte qui donne suite à la censure du château de scène prend une dimension dénonciatrice. Sur le coté du gradin, l ‘actrice se tient debout. La lecture devient fragile, déployant tout un jeu théâtral qui redonne force aux mots. La journaliste SOPHIE ROSTAIN est venue également dévoiler l ‘épilogue de son premier roman épistolaire qui paraîtra prochainement au éditions Juillard. Christophe Domino lit Manifeste de JEAN-PAUL CURNIER réactivant ainsi le dispositif du même nom. Beaucoup plus joueur, EDOUARD LEVE qui, au gré des numéros que propose le public, lu un grand nombre de ses 533 « œuvres » textuelles. Un ensemble d ‘œuvres lancé dans la foulé d ‘une lecture hasardeuse.
Sur un ton tout aussi joyeux, les chansons en l ‘air de Christophe Huysman restituent des improvisations dans un délire de mise en scène ...
Le musicien HYPO anime la mise en espace/ lumière d'OLIVIER CASAMAYOU et de CARINE CHARAIRE. Un dispositif d'écoute où la lumière et le son réorganisent le gradin en une structure lumineuse et abstraite qui monopolise l'attention absorbant toute entité environnante
Si l 'image et le texte font sens, il semblerait que le son, redynamise l'image. En pleine polémique sur la diffusion des images pornographiques VINCENT EPPLAY altère de vieux films érotiques de la collection Lobs ter. Le son semble affoler les images d'un temps passé, passé qui soudain reprendrait vie.
Autour de toutes ces manifestations plastiques des concerts, des balles, un repas mettant fin au jeune prennent place et se confondent. Des concerts d 'electro animent les soirées participant à l'animation de quartier. KOMORI et le label KRAAK développent des musiques et autres ambiances sonores articulées autour d'une électronique pure et évolutive.
Dans une société où l ‘image est langage, les politiques ne manquent pas de nous marteler l'esprit falsifiant totalement notre approche sensible. Et même s'il est tentant d ‘invoquer le caractère esthétique et sacré d ‘une culture pour justifier les exactions politiques, ces derniers n ‘hésitent pas à développer une Mime sis tronquée des images. Manifeste répond, renverse le processus et s'approprie le slogan politique dénonçant l'aliénation et la machination des images. « Retrouver une force de voir, refaire de l ‘acte du regard un événement (...), voir si l ‘on peut encore produire du sens avec les images. » (P.Dubois , cahier du cinéma, spécial Godard, novembre 1990). Voilà le but démocratique de Manifeste.
Julien COUROIS,
Publié le 2002-00-00
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : édito
Thème(s) : art plastique, cinéma expérimental, musique, théâtre-texte, vidéo,
Mot(s) Important(s) : manifeste, dispositif, échange,
Artiste(s) : Julien COUROIS (rédacteur), Alain DECLERCQ (plasticien), Vincent EPPLAY (musicien), Christophe HUYSMAN (metteur en scène), Stéphane SAUTOUR (plasticien), Maïder FORTUNE (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :