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Ecoles d'art dans la tourmente (suite)
Après Nîmes et Amiens, Brest
A Brest, le maire socialiste révoque le directeur de l'Ecole Supérieure d'Art.
Après l'école des Beaux-Arts de Nîmes, où le maire UMP a évincé l'ancien directeur pour le remplacer par un peintre figuratif local ; et l'ESAD d'Amiens, où c'est au contraire le personnel enseignant qui demande le départ du directeur, Alain Snyers, taxé d'autoritarisme, c'est au tour de l'Ecole Supérieure d'art de Brest d'être dans la tourmente. Le maire de Brest, le socialiste François Cuillandre, a en effet décidé de mettre à l'écart le directeur de cette école, Robert Milin, contre l'avis du ministère de la Culture et malgré une pétition de soutien émanant du corps enseignant.
«Sous l'impulsion du nouvel animateur des lieux, en poste depuis deux ans, l'école vit actuellement une mutation qui se traduit par une ouverture significative vers l'extérieur», écrivait pourtant Le Télégramme de Brest voici deux ans. Depuis, une évaluation élogieuse de l'Inspection Générale de l'Enseignement artistique du Ministère de la Culture est venue confirmer l'excellente réputation de l'Ecole Supérieure d'art de Brest.
Le maire de Brest aurait pris la décision de révoquer Robert Milin à la suite d'une accusation de harcèlement moral portée par une secrétaire de l'école ; allégations pourtant réfutées par le rapport d'Inspection du ministère de la Culture.
« Comme d'habitude, hélas », écrivent les signataires d'une pétition de soutien à Robert Milin , « une certaine forme du pouvoir municipal n'ose aborder de front la question de l'art contemporain dans la ville, celle de la formation des jeunes artistes. Le pouvoir local préfère se défausser par des prétextes fallacieux en stoppant net, en plein milieu de l'année scolaire, un projet pédagogique novateur et une ouverture de l'école Brestoise à l'art national et international.
Sous l'impulsion de Robert Milin, la situation de l'ESAB a pourtant connu une évolution spectaculaire au cours de ces dernière années. Ainsi le nouveau Directeur a su mobiliser des fonds pour augmenter la dotation horaire d'enseignement, mettre en place des cours nouveaux d'actualité de l'art contemporain, de philosophie de l'art, de critique en langue anglaise, d'arts de l'affiche et du graphisme. Il a créé de nouveaux ateliers techniques en vidéo, peinture, en langues vivantes, et en design textile, rénové les méthodes de suivi des travaux des élèves, obtenu le triplement des crédits alloués à la bibliothèque, organisé une dizaine de voyages collectifs d'étudiants par an en France et à l'étranger, créé une galerie d'art contemporain au sein de l'école. A cela s'ajoutent l'organisation à Brest de quinze conférences annuelles d'artistes et d'intellectuels à l'initiative de l'ESAB – qui font toujours salle comble –, l'organisation annuelle de huit ateliers spécifiques et d'artistes et de designers invités permettant aux jeunes brestois de découvrir la scène de l'art national et international. La population brestoise n'a pas été oubliée puisque le directeur mis en cause a réussi à tripler les effectifs inscrits dans les cours pour adultes en organisant pour eux des conférences de haut niveau dans le domaine de l'histoire de l'art et dans la sensibilisation à l'art contemporain.
Au-delà de la mise en cause injuste de Robert Milin, c'est donc bel et bien ce projet pédagogique qu'il a mis en œuvre qui se trouve visé par un acte de censure à peine camouflée. Loin d'une querelle interne à une école ou à une ville, c'est à un débat sur l'autonomie de l'art et de son enseignement, sur la place des écoles d'arts en France, qu'invite cette décision du pouvoir municipal brestois. Veut-on un art dont la docilité n'est égalée que par le manque de moyens ? Ou alors veut-on un enseignement artistique qui permet aux étudiants d'envisager réellement une carrière artistique face à une rude concurrence ? Compte tenu de l'importance de cette école et la belle place que Robert Milin a su donner à l'ESAB sur la carte des lieux artistiques à rayonnement national et européen, nous demandons à la Ville de Brest et au Ministère de la Culture de tout faire pour maintenir à son meilleur niveau le projet pédagogique de l'école. »
Parmi les signataires de cette pétition, on relève les noms des critiques d'art Paul Ardenne, Hou Hanrou, Stephen Wright, Pascal Beausse et Jean-Marc Huitorel ; de Robert Fleck, directeur de l'école des Beaux Arts de Nantes; de Jacques Serrano, directeur des Rencontres de Place Publique, de Danièle Yvergniaux, directrice du Centre d'art de Pougues-les-Eaux, et de plusieurs artistes, tels Jan Kopp, Philippe Durand, Emanuel Licha ou encore François Deck.
Publié le 2002-12-23
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : chronique
Thème(s) : art plastique,
Mot(s) Important(s) : école d'art, décentralisation,
Artiste(s) : Robert MILIN (directeur de structure),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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