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Dur comme le bois calciné

«Giulio Cesare»

Chapeau : Le metteur en scène italien Romeo Castelucci fait partie de ces veilleurs de la scène qui n'ont pas oublié ou renié le caractère monstrueux du théâtre.Événement choc du dernier festival d'Avignon, son Giulio Cesare dévoile tous les rouages de la ruse rhétorique.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : 4

Romeo CASTELLUCCI Metteur en scène
Bruno TACKELS rédacteur
William SHAKESPEARE auteur

Texte : Le festival d'Avignon se comporte-t-il de plus en plus comme une vitrine culturelle symbolique, qui répond davantage aux attentes du tourisme international qu'aux exigences de la création et de la formation des spectateurs? La pertinence de cette question ne doit pas empêcher de remarquer les spectacles qui la contredisent. C'est arrivé une fois l'été 98, pour ceux qui ont eu la chance de vivre le Giulio Cesare de Shakespeare mis en scène par Romeo Castelucci avec la Societas Raffaello Sanzio.
Que dit-il de si inventif, le Giulio Cesare des «Italiens»? Pourquoi secoue-t-il à ce point ceux qui le regardent? C'est très simple. Cesar est une victime, un homme «du» pouvoir -ce qui n'a que peu à voir avec les hommes «de» pouvoir. Un homme capturé dans l'incontrôlable machine du pouvoir. Quelle est cette prodigieuse machine qui désaproprie tout homme, y compris le plus brillant, de son pouvoir autonome? C'est l'organe de la langue, celui qui fabrique la parole humaine; c'est tout le savoir qui provient de ce pouvoir de parole -qui est forcément une parole du pouvoir, asservissant ceux à qui elle s'adresse.
En s'emparant du Giulio Cesare de Shakespeare, Castelucci nous fait voir que cette force politique de la parole, la rhétorique, est une véritable technologie, qui s'abreuve au lait des inventions de pointe, comme les armées les plus performantes. Avec cette réciproque, qui est tout aussi vraie: la technologie est une arme de pouvoir. En prenant la place du «Père», Brutus engage une bataille qui commence «après» la mort de l'empereur Cesar. Il ne lui survivra pas. Car aux tréfonds de lui-même, le fils qui prend le pouvoir est comme brûlé par ce qu'il touche: le combat pour l'Empire est une bataille d'organes, ceux de la parole. Mais cette bataille est mort-née, elle tourne en pure boucle, sans plus de prise sur ce qu'elle prétend maîtriser. Antoine, celui qui ne choisit pas (de prendre) le pouvoir, Antoine, celui qui plaide pour l'un en faisant l'apologie de l'autre, Antoine, le discoureur sans voix brûlé par le cancer, est la voix qui gagne. Et l'issue est sans mot, c'est une sombre respiration qui s'éternise de mourir.

Date de publication : 01/03/1999


Mots-clés : pouvoir, monstre, tragédie
Inséré le : 09/05/2001 00:00
Thèmes : théâtre,