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L'oeil à l'écoute
Oeuvres plurielles
Chapeau : Le son prend corps. Il fait un retour en force dans les arts plastiques avec la création d'objets incroyablement vivants et de nombreux travaux d'artistes qui interrogent son rôle. Parcours à suivre pour ouvrir en même temps les yeux et les oreilles.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : analyse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Rubrique : 4
ARMAN sculpteur
Joseph BEUYS plasticien
Christian BOLTANSKI plasticien
John CAGE musicien
Cécile DAZORD rédacteur
Luigi RUSSOLO peintre
Texte : Ces dernières années ont connu une forte recrudescence de travaux d'artistes plasticiens intégrant et interrogeant le son: rapport à l'image, au corps, au temps; rôle au sein des arts plastiques. De toutes parts, en France et ailleurs, se multiplient les expositions consacrées à l'investissement de la dimension sonore par les artistes contemporains.
En amont de l'engouement actuel pour l'exploration du regard par l'écoute, de l'écoute par le regard, des points de convergence ou divergence entre l'un et l'autre, des pièces décisives ont vu le jour tout au long du siècle. Si la parution en 1913 de «L'arte dei rumori» de Luigi Russolo est généralement retenue comme l'acte fondateur de la promotion du bruit au rang de matériau artistique, l'utilisation plastique du son demeure, à la veille des années 60, le fait d'expériences singulières et isolées.
Mystère de la boîte à musique
En 1976, Robert Morris exécute «Box with the sound of it's own making» . Une boîte cubique fermée, constituée de planches de bois assemblées est donnée à voir, tandis qu'une bande son diffuse, en temps réel, le son engendré par la fabrication de l'objet.
D'une simplicité radicale, ce dispositif est fortement emblématique de la profonde ambivalence avec laquelle les plasticiens abordent le son, tour à tour révérencieux ou iconoclastes: si le son subjugue par son immatérialité apparente, supposée, il fait par ailleurs l'objet d'une entreprise de démystification systématique qui le rend à sa matérialité la plus concrète.
«Box with the sound of it's own making» semble ainsi se partager entre une représentation immatérielle du son - soustrait à la vue, délivré des contingences de la représentation, il recèle la vérité enfouie au coeur de l'objet - et une représentation parfaitement concrète. Prisonnier de la matière, il en est une stricte émanation.
Par ailleurs, au rebours de la foi en une capacité d'abstraction inhérente au son (cette propension naturelle à l'abstraction tant enviée à la musique par les peintres abstraits du début du siècle), dans «Box with the sound of it's own making» , la narration est essentiellement prise en charge par la bande sonore. Discours et récit relèvent du dispositif sonore: discours sur la nature de l'oeuvre d'art qui réside tant dans le processus de fabrication, que dans l'objet produit; récit des origines, récit de la genèse de l'oeuvre, son histoire, sa mémoire.
Si la boîte cèle, par excellence, le mystère intangible et immatériel, le son trouve une incarnation dans la matière, voire dans le langage et la pensée.
Anatomies de la boîte à musique
Attirer l'attention sur l'instrument d'émission du son est une stratégie des plasticiens pour mettre en évidence son origine matérielle concrète. Les années 60, puis les décennies 70 et 80 ont vu se multiplier les travaux prenant pour objet des instruments de musique ou des supports communs de diffusion: bandes magnétiques, disques microsillons.
Date de publication : 01/03/1999
Mots-clés : matière, bruit, objet, son
Inséré le : 10/05/2001 00:00
Thèmes : arts plastiques, musique,