Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Vers une politique profane
Chapeau : En commentant les événements de cette dernière décennie, Daniel Bensaïd, philosophe, élabore une réflexion autour de « l'effort pour faire advenir des possibles».
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : entretien (Mots-clés : )
Genre Ressource : entretien
Apparence :
Rubrique : 4
Daniel BENSAÏD philosophe
Jean-Marc LACHAUD rédacteur
Pierre BOURDIEU sociologue
Texte : Jean-Marc Lachaud: Ne voit-on pas resurgir, au sein des mouvements auxquels nous faisons allusion, une certaine méfiance par rapport à la classe politique? N'a-t-on pas l'impression, simultanément, face à certaines expressions protestataires, que l'engagement moral tend à dominer les enjeux politiques? Que pensez-vous, par exemple, de l'opposition gauche morale / gauche sociale forgée par certains commentateurs?
Daniel Bensaïd.Dans un premier temps, je commencerais par récuser la présentation, qui est maintenant installée: gauche morale face à gauche populaire, disciplinaire. Elle a été lancée, si mes souvenirs sont bons, par Jacques Julliard autour des manifestations de février 97 pour l'abrogation des lois Pasqua-Debré. Les manifestations de l'hiver 95 sur le service public et la sécurité sociale et celles de 97 n'ont pas la même composition sociologique. D'un côté, on a des manifestations syndicales, avec le contingent de salariés de la SNCF et d'instituteurs. . . ; de l'autre, un type de cortège inhabituel. Les gens venaient à titre individuel, pratiquement sans structuration. Certains ont dit que c'était la première «manif» unitaire entre les lecteurs de «Libération» et ceux du «Monde», et il y avait un peu de cela d'ailleurs. Ces «manifs» n'avaient pas la même composition sociale. Doit-on pour autant parler de gauche morale et de gauche sociale? Je crois que, en réalité, ce sont des expressions de la politique, et d'un malaise dans le rapport à la politique. Ce que l'on n'a pas assez souligné, c'est que dans toutes ces mobilisations successives, il y a une gauche qui est à la fois sociale et morale. On y a retrouvé toute une série d'associations (DAL, AC, Act Up. . .), de syndicats (souvent la CGT, toujours SUD, certains éléments critiques de la CFDT, la FSU qui a joué un rôle important). On les a retrouvés également contre la fermeture de l'usine de Vilvoorde, dans le soutien aux marches des chômeurs et dans les manifestations pour le PACS. Et tout cela produit de la politique. Par ailleurs, je trouve un petit peu choquante cette image que l'on donne: le soutien aux sans papiers, c'est la gauche morale. Mais, poser le problème de ce qu'est un étranger, de ce qu'est un citoyen dans le remue-ménage de la mondialisation sont des questions éminemment politiques. On peut y répondre différemment, mais je ne vois pas pourquoi il y aurait, là, une image d'angélisme moral. Non, c'est revendiquer une définition du rapport entre citoyenneté et nationalité, ce qui est une question politique majeure depuis la Révolution française.
Dans un deuxième temps, et c'est plutôt cela le problème, il faut analyser la méfiance, qui peut aussi être politique et pas forcément morale, envers la politique telle qu'elle se fait. Elle paraît assez fondée et justifiée, face à la partie visible qu'est la corruption (les «affaires»), qui nourrit une désaffection, en conséquence un effritement de l'esprit civique. Et, plus en profondeur, il s'agit de comprendre comment sont vécus, non pas formulés de manière consciente mais ressentis de manière confuse, le rétrécissement et la privatisation de l'espace public. Ce n'est pas seulement un problème de dénationalisation, de privatisation de secteurs industriels ou de services, mais également, de manière plus rampante des services de l'éducation ou de la santé, de privatisation de gestion de la monnaie avec la Banque centrale européenne, de privatisation de la solidarité avec les fonds de pension. Il y a là une source très forte de ce qu'on appelle la crise de représentation qui, à mon avis, renvoie à un problème de dessaisissement démocratique très grave. D'où la tentation pour certains d'y répondre par une désertion de la politique telle qu'elle se fait, en théorisant une opposition entre éthique et politique. Or, autant on peut critiquer la politique réellement existante, autant il ne faut pas l'abandonner à Le Pen et à Mégret. Il y a un discours sur les partis politiques que je considère démagogique. On a des partis ; si ils ne conviennent pas, il faut en faire d'autres. On fait aussi de la poli
Date de publication : 01/03/1999
Mots-clés : responsabilité, réalité, relation, interprétation
Inséré le : 10/05/2001 00:00
Thèmes : politique générale, écriture, philosophie,