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Vive la danse classique !
Chapeau : Une certaine misère contemporaine illustrée par une soirée de Faits d'hiver.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Apparence :
Gérard MAYEN rédacteur
Texte : Un garçon. Une fille. Lui, belle gueule et super look de pub de Technikart. Face au public. La tête sous un casque de DJ. Gestuelle groovy. Horizon autiste. La danse enchaînée au son. Elle, dos au public. Petits pas roulants, l'éloignant imperceptiblement de son partenaire. La danse qui échappe. Il s'en rend compte. Il pose son casque. Rattrape la fille. La ramène à la case départ, sans trop de ménagement. On recommence. Elle glisse encore un peu plus loin. Il pose son casque à nouveau. Etc.
C'est drôle, visuel, pas con. Pertinemment et répétitivement inscrit dans l'espace.
Il se passe donc quelque chose qui intrigue, qui accroche, une idée, un principe, au début de
Ceux d'en face, pièce d'Isira Makuloluwe, ovni encore tout frais atterri sur la scène chorégraphique, tel qu'avec bonheur la programmation des Faits d'hiver permet d'en découvrir.
Mais c'est au tout début. Une, deux minutes.
Puis c'est la déglingue. Lisons seulement la note d'intention de ce duo : "
Un couple. Le couple. Le quotidien. L'extrême. Une vie. Le décalage. Le compromis. Une dispute. L'amour. La haine... ". Bref, arrêtons là. Disons plutôt : la misère. Et la chorégraphie qui va avec : jeune, sensuelle, qui plaît à l'œil du spectateur qui paye sa place, ne sort à la danse qu'une fois de temps à autre ; et veut voir de jolies choses (pardon, de jolies personnes). Mais sur laquelle le critique n'a plus rien à dire.
Si la danse contemporaine ouvre les limites du corps, c'est avec la rage de penser que celui-ci est habité d'enjeux, de risques, de projections, de vertiges, de heurts, d'ombres, de projets, de tourments, de rébellions. Si la danse contemporaine ne se constitue pas autour de cela, ses qualités se retournent en défauts : sa gestuelle de bassins lâchés dans le poids, de bustes spiralés, de passages au sol, de remontée le long de bras tranchés, tourne en mièvre litanie. Rien ne la justifie plus que l'eau qui coule entre les doigts.
A ce spectacle, on se prend de nostalgie pour les exigences, les rigueurs, le défi classiques !
Simple accident que ce duo ? Ou problème à débattre au fond ? Car ce même soir on vit
Celle qui marche, d'Emmanuel Grivet. Pièce aimable, catalogue délicat des états de corps, révélant quelques intuitions de ci de là, de jolies vibrations de l'espace, un brin d'intention dans l'occupation d'un portique mobile, sur fond sonore façon " ma discothèque idéale ". Il y a quand même un peu de sirop et des bulles dans cette eau là.
Enfin, c'est en état de panne critique, en incapacité de prendre la moindre note, de distinguer quelque chose, qu'on fut très vite placé par les froufrous gestuels et textiles de
Déshabillez-moi, de Christiane Blaise (malgré la convaincante entrée en matière d'Eric Lareine disant ses textes au milieu des danseurs).
Au cours de ce même week-end, il restait toutefois à aller se réchauffer l'oeil autour d'un brasero allumé à la porte de la future "Galerie", salle de sous-sol en cours d'édification au Théâtre de la Cité internationale. Là se déroulait la quatrième "visite de chantier", impromptu chorégraphique conduit par Mark Tompkins, résident des lieux, entre poutrelles, outils et engins, devant des chambrées frigorifiées de spectateurs casqués.
Y remarqua-t-on une gestuelle à jamais inoubliable ? Là n'est pas la question. On y perçut le croisement du réel en construction avec le rêve d'un projet en devenir, un jeu de révélation et de dissimulation des espaces, de détournement des objets utilitaires, pli et dépliement des possibles. Evidemment, même à miser par là sur une relance de la question des espaces chorégraphiques, on ne peut envisager de détruire et de reconstruire tous les théâtres du pays...
Quoique.
Ceux d'en face, Celle qui marche, Déshabillez-moi, étaient programmés à 19 h et 21 h vendredi 10 et samedi 11 janvier au Théâtre Silvia Monfort.
Le second week-end de Faits d'Hiver montrera Le show de Thomas Lebrun, et White speed spin à 19 heures ; Idyllique de Christophe Haleb à 21 heures, les vendredi 17 janvier et samedi 18 au Théâtre du Lierre (01 45 86 55 83).
La visite de chantier de la Cie I.D.A. Mark Tompkins avait lieu samedi 11 et dimanche 12 janvier 2003 après-midi au Théâtre de la Cité internationale. La prochaine s'y déroulera les 8 et 9 juin 2003.
Date de publication : 16/01/2003
Inséré le : 15/01/2003 00:00
Thèmes : danse,