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Les chemins inédits des acteurs
Chapeau : Signées Jean-René Lemoine, Odile Darbelley et Michel Jacquelin, Jean-Marie Patte, trois créations théâtrales dans le lot abondant de ce début d'année. Et à chaque fois des acteurs qui cherchent aux limites, hors du jeu psychologique.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : chronique (Mots-clés : )
Genre Ressource : édito / chronique
Apparence :
Bruno TACKELS rédacteur
Odile DARBELLEY Metteur en scène
Michel JACQUELIN Metteur en scène
Jean-René Lemoine Metteur en scène
Jean-Marie PATTE Metteur en scène
Texte : Ce qui frappe le plus, dans la vertigineuse abondance des créations théâtrales de ce début d'année, c'est la qualité des acteurs, et surtout les chemins inédits que leur jeu empreinte. De multiples manières, des acteurs donnent à voir, concrètement, sensiblement, comment sortir de cette fameuse psychologie – alors que bien souvent, la dite sortie reste un vœu pieux du metteur en scène qui reconduit à l'identique ce qu'il croit démonter.
Dans
l'Adoration de Jean-René Lemoine, la voix de l'actrice part en des terres inconnues. Là, au bord du vide, Nicole Dogué nous dit cette rencontre, cet amour dément et cette séparation nécessaire après que l'impossible ait eu lieu. Elle revit le récit de cet impossible, et elle parle depuis ce lieu d'un impossible amour. Et elle le dit depuis cette douleur qui pourrait si vite, si facilement se retourner en gémissement pathétique. Mais sa voix tient bon, sa voix tient par-dessus tout, forte et ferme, sa voix ne cède pas, et lutte. En face il y a l'homme perdu, et revenu. Il n'en mène pas large, il reste face contre terre, pleinement livré à sa souffrance. Chez lui, le sentiment gagne, envahit tout, et le jeu devient larmoyant. Mais c'est écrit dans le texte. Difficile d'aller contre lui.
Dans un tout autre registre, Odile Darbelley et Michel Jacquelin continuent leur promenades théâtrales dans le monde de l'art contemporain. Après les arts plastiques, c'est la danse contemporaine qui sert de terrain de jeu à leurs irrésistibles facéties. Là aussi le jeu des acteurs est d'une grande singularité. Michel Jacquelin, dans le rôle de Michel Jacquelin, est un maître de cérémonie un brin grandiloquent, toujours au bord du ridicule, mais toujours tellement élégant. Il ne joue pas, il fait jouer les autres dans ses machineries diaboliques. En l'occurrence, il s'agit d'un stage de recherche visant à reconstituer les principes de la «Poussiv'dance», élaborée par un certain Marce Runningag... Les stagiaires s'agitent joyeusement sur le tapis de danse rempli d'eau (qui peut accessoirement devenir lac pour cygnes et autres canards), dans un esprit de sérieux qui se renverse immédiatement en son contraire et les transforme rapidement en ravis de la crèche. Odile Darbelley est particulièrement redoutable : très concentrée, collant parfaitement au délire qu'elle développe, au point qu'on finit par se dire que ce monde est sa vie ordinaire. Illusion quand tu nous tiens.
Autre exploration du jeu des acteurs, la comédie de Macbeth, écrite et mise en scène par Jean-Marie Patte, exhumée sur la scène vingt ans après avoir été écrite. C'est d'ailleurs une histoire de revenants, c'est le monde de Shakespeare à son crépuscule, quand les personnages sont morts et peuvent revenir en spectre, parler la langue du théâtre. Le procédé shakespearien poussé à son paroxysme. Portés par un texte d'une grande beauté, dense et énigmatique, les acteurs retiennent toute émotion. Mais du coup on est pris d'un étrange malaise à leur voir ainsi retenus, comme si la pensée elle-même s'en trouvait empêchée, prise dans un lac gelé. On sent bien qu'il y a des forces en dessous, mais rien d'elle ne nous parvient. Une heure après ces spectrales apparitions macbethiennes, le secret se referme sur le plateau, et le linceul retourne dans les trappes du théâtre, sans n'avoir rien livré. Comme un rendez-vous manqué.
Dans ces trois mondes, on sent fortement des acteurs qui cherchent aux limites. Ces trois différents spectacles sont signés par des écrivains metteurs en scène. Ce qui n'est peut-être pas sans rapport...
L'Adoration, de et par Jean-René Lemoine, jusqu'au 2 février 2003, au Théâtre Gérard Philipe, à Saint-Denis.
Tout seul je ne suis pas assez nombreux, par le contemporary poussiv'dance group, réalisation Odile Darbeley et Michel Jacquelin, jusqu'au 9 février 2003, au Théâtre du Rond-Point. Tel : 01 44 95 98 21.
La Comédie de Macbeth, de et par Jean-Marie Patte, jusqu'au 9 février 2003, au Théâtre de la Colline.
Date de publication : 16/01/2003
Inséré le : 15/01/2003 00:00
Thèmes : théâtre,