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Relents de poujadisme
Chapeau : par Jean-Marc Adolphe
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Texte : Alors que vient de s'achever à Marseille un colloque sur « art, censure et démocratie », les relents de poujadisme s'intensifient en matière d'art et de culture. A Nevers, c'est un maire socialiste qui expulse de locaux municipaux occupés depuis huit ans L'Abri Culturel fondé par le metteur en scène Jean Bojko. A Blois, la municipalité UMP semble emboîter le pas du Front national pour supprimer une subvention au Musée de l'Objet et envisager le départ d'une collection d'art contemporain.
Voici quelques semaines, un conseiller municipal UMP de la Ville de Paris s'était indigné de la présentation du spectacle
After Sun de Rrodrigo Garcia au Théâtre de la Cité Internationale, dans le cadre du Festival d'Automne. C'est au tour d'Eric Fourreau, rédacteur en chef de
La Lettre du Spectacle, « lettre d'information des professionnels du spectacle vivant », d'y aller d'un bien curieux couplet. Dans un récent éditorial (27 décembre 2002), il écrit : « Pour vos voeux 2003, vous désirez l'attribution d'un CDN [Centre Dramatique National] ? Rien de plus simple. Vous montez un texte de Rodrigo Garcia, vous confiez le rôle principal à (l'excellent) Marcial di Fonzo Bo, vous ne mégotez pas sur les scènes de vomissures, vous en remettez une louche sur la copulation, vous insistez sur le nu au-delà des didascalies –très important, le nu !- et vous n'omettez pas la référence à Castellucci ett à Matthew Barney dans votre note d'intention où vous vous indignez sur la censure du porno. (...) Il sous suffira de potasser quelques poncifs sur l'irrigation du territoire pour convaincre l'élu local de la ville en question, et bingo. Une belle carrière s'offre à vous ».
Il serait aisé de démonter les approximations de telles affirmations. Un « élu local » ne décide pas seul d'une nomination à la tête d'un Centre Dramatique National. Et le metteur en scène Matthias Langhoff, qui vient effectivement de créer à Annecy un texte de Rodrigo Garcia, ne s'est jamais vu proposer un Centre Dramatique ; et s'il était animé par un quelconque « plan de carrière », il n'est pas certain qu'il aurait jeté son dévolu sur le sulfureux auteur argentin. Sulfureux, peut-être, mais auteur avant tout, et pas des moindres. On peut certes préférer Labiche à Jean Genet, et Courteline à Sarah Kane. Certaines grandes œuvres sont « inconfortables », oui, et alors ? Refuser cette évidence, c'est faire le lit d plus exécrable populisme... qui n'en demande pas tant !
Date de publication : 16/01/2003
Inséré le : 16/01/2003 00:00