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Théâtre d'attaque


Changement de génération



Pendant trois ans, Thomas Ostermeier a fait sensation à la tête de la Baracke, un théâtre d'essai à Berlin, où il dirige à partir du 1er janvier 2000 la prestigieuse Schaubühne. Coup médiatique ou changement de génération?


La pièce de Brecht était une exception dans la programmation strictement contemporaine de la Baracke, qui s'abreuve principalement à la source anglo-américaine. Les pièces de la Baracke doivent reproduire «authentiquement» la perception de la réalité de la jeune génération, leurs auteurs doivent thématiser une «souffrance propre». Au demeurant, cette colère que porte Ostermeier a bien quelques rapports avec sa biographie: un père adjudant, avec lequel il ne parle plus depuis l'âge de seize ans, et ce sentiment de marginalité d'un enfant transféré à dix ans de l'Allemagne du Nord à la Bavière, où l'école de théâtre s'avéra le seul refuge où l'on pouvait parler impunément le haut allemand. C'est là qu'il rencontre Jens Hillje «qui à quinze ans déjà avait une masse de livres qu'il jurait sur son honneur et sa conscience avoir tous lus». Dramaturge de la Baracke, Jens Hillje lit les pièces qui viennent de la pépinière à auteurs de Londres, la Royal Court. Francophile, Ostermeier examine lui-même les pièces françaises; tandis que Stefan Schmidtke lit les pièces russes. Selon Ostermeier, si des pièces anglo-saxonnes ont été principalement mises en scène à ce jour, c'est que l'oeuvre des jeunes auteurs anglais lui semble débarrassée de tout le «caca artistique». Il relativise tout de suite: la reproduction d'une réalité en grandeur nature risque de tomber dans la banalité ou dans une dramaturgie de type production télé. Il voudrait se tourner à l'avenir vers des tendances dramaturgiques plus abstraites et formellement plus raffinées. Il a mis en scène en 1999 «Feuergesicht» (Tête brûlée) de Marius von Mayenburg, une pièce qui peste contre la vacuité de la vie, traduite par des incendies et des parricides, en une dramaturgie laconiquement fragmentée.
C'est avec un certain réconfort qu'Oster-meier qualifie son travail de politique. Cet ancien trotskiste qui, après la chute du mur, est parti à Rostock pour répandre par voie de tracts un trotskisme honni est ici encore dans un processus de retour aux racines. «Le privé est politique, c'est un bon slogan soixante-huitard, et quand le communisme aura vaincu, le théâtre sera superflu». Et qu'on le traite de «politiquement naïf», ça le laisse de marbre. Il veut bien ne pas être dogmatique, mais en tout cas, pas dépourvu d'utopie. Tous ses comédiens, à l'exception de Brun Cathomas, viennent directement d'une tradition où l'on conçoit encore que le théâtre puisse avoir un effet politique.
Les comédiens sont au centre de ses préoccupations. Si ça ne tenait qu'à Ostermeier, il faudrait tous les énumérer, «ses gens». Il est fier d'eux, et tous devraient aller à la Schaubühne. Là-bas ils devront peut-être réciter des vers, car une chose est sûre: la scène de la Lehniner Platz ne se laissera pas mener comme une grande Baracke. Il y aura des classiques, «mais pour eux, il y aura aussi d'autres metteurs en scène». Ostermeier se connaît et se laisse du temps pour tester les limites de son talent. «Le Blauer Vogel» (L'Oiseau bleu) de Maeterlink, créé en janvier 1999 dans la grande salle du Deutsches Theater, a été son premier test. L'homme est jeune, il est appliqué, talentueux et fier. Son assurance paraît pour le moment assez inébranlable et il ne s'effraie pas des grands noms. Bientôt, on ne se limitera plus à des inconnus dans «l'espace d'art» de la Baracke. Sous le titre de travail «Une chaise, un comédien, un projecteur», des stars mondiales comme Wilson, Lepage, Jan Fabre et Jan Lauwers devraient mettre en scène la saison prochaine (c'est-à-dire 1999-2000) des pièces d'un quart d'heure, écrites spécialement pour cette occasion par des auteurs comme Simone Schneider, Marius von Mayenburg ou Albert Ostermaier. S'ils ont envie; «ça ne coûte rien de demander».

Barbara Buckhardt,
Publié le 1999-05-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : Allemagne, Berlin, itinéraire, scénographie, violence,
Artiste(s) : Thomas OSTERMEIER (metteur en scène), Barbara Buckhardt (rédacteur), MEYERHOLD (metteur en scène), Marius Von Mayenburg (auteur), Gennadi Bogdanov (metteur en scène), Jens Hillje (auteur), Bertolt BRECHT (auteur), Mark Ravenhill (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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