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Réalisme imaginaire
Vingt ans que ça dure ! Le Royal de Luxe tient haut le pavé d'un théâtre de rue dont la puissance poétique se lie aujourd'hui à la vigueur du conte. De retour d'Afrique, la compagnie de Jean-Luc Courcoult présentait en 99 ses «Petits contes nègres».
Argent
Jean-Luc Courcoult: Au début, dans les premiers spectacles, on faisait passer un chapeau parmi les spectateurs quand c'était fini. J'ai donc commencé le théâtre comme ça. En faisant la manche pour vivre, pour manger. Aujourd'hui, je fais exactement la même chose, le même théâtre, mais j'ai de l'argent pour le faire et les spectacles sont gratuits. Mais l'esprit est le même.
Réalisme imaginaire
Quand dans Embouteillages (Dijon, 1993), on investit une ville et que l'on y met par exemple, une voiture avec un arbre qui a poussé dedans; que l'on fait ça de nuit, sans prévenir personne, sans demander d'autorisation à la Mairie, sans aucune annonce ni publicité préalable et que, le lendemain à sept heures du matin, au moment où ils vont au boulot, les gens tombent dessus, qu'ils rencontrent cette image, qu'elle pénètre brusquement dans leur vie, dans leur quotidien, alors ils rêvent, comme les enfants. C'est ça que j'appelle le réalisme imaginaire.«Réalisme» parce qu'il s'agit d'une réalité concrète, tangible, palpable, absolue. C'est une vraie voiture, un vrai arbre et l'arbre est vraiment dans la voiture. Il crève le capot, soulève les sièges, perfore l'habitacle. Et «imaginaire» parce que l'objet, le but de tout ça, c'est de mettre du rêve dans la vie des gens, de rentrer à l'intérieur de leur histoire pour la changer. Ou au moins pour leur en offrir la possibilité.
Théâtre populaire
Je fais un théâtre populaire, c'est à dire que pour le Royal, le rapport avec les gens est la seule chose qui importe. Ce qui compte, c'est que les gens y croient et jusqu'où ils vont pouvoir y croire. Le spectacle est éphémère. Il se passe dans l'ici et maintenant. La force de ça, c'est que les spectateurs ne savent pas forcément qu'ils sont spectateurs. Ils sont saisis par quelque chose. C'est le théâtre. Ce qui fait le théâtre, c'est la qualité poétique de la rencontre du spectateur avec l'image, avec l'histoire qu'on lui raconte. Là où je suis vraiment heureux, c'est quand un enfant, après avoir vu un spectacle du Royal, ne peut faire autrement que raconter une histoire, ou des histoires.
Retour d'Afrique
(Petits Contes Nègres. . . )
Les voyages ont toujours fait partie intégrante de la vie du Royal. Parfois, on ressent ce besoin de rupture, d'immersion dans un autre pays, un autre continent pour aller à la rencontre de gens que l'on ne connaît pas et parler avec eux. Prendre le temps, s'installer ailleurs, trouver de nouvelles images, entendre d'autres histoires. C'est ce qu'on a fait pour préparer le prochain spectacle. On est resté six mois perdus dans un village au nord du Cameroun. La rencontre a été extraordinaire. . . On avait construit à l'intérieur du village un genre de palissade en roseaux pour nous isoler et pouvoir travailler dans une relative intimité. Mais on avait oublié les arbres! Tous les jours, les gamins du village y grimpaient pour voir ce qui se passait et tous les jours on répétait avec ces dizaines de têtes au-dessus de nous. Quand on revenait au village après être allés jouer dans d'autres villes des environs, tous les gamins nous attendaient sur le bord de la route et nous applaudissaient comme une équipe de foot qui rentre victorieuse. Et lorsque nous sommes partis définitivement, les gens du village nous ont dit: «de génération en génération, on racontera qu'un petit géant est venu». Voilà, on est devenu leur histoire. Le théâtre est devenu la propriété imaginaire des gens qui l'ont côtoyé. Et ça, c'est la plus belle chose qui puisse arriver.
Marc MOREIGNE,
Publié le 1999-00-00
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : Afrique, espace public, image, imaginaire, réalisme, rencontre, Théâtre populaire,
Artiste(s) : Marc MOREIGNE (rédacteur), ROYAL DE LUXE (collectif), Jean-Luc COURCOULT (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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