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C'était une belle croisière. . .
Un homme et une femme, noirs, s'adressent à nous. Ils sont vêtus de costumes 1760 et entourés d'une ribambelle d'enfants. Des musiciens accompagnent leur récit d'un blues tendre et apaisé.
Lui : Il y a très longtemps, ma femme et moi avions dix-sept enfants. Le roi des tribus de la côte nous fit dire que nous avions gagné un grand voyage avec tout le village.
Elle : A cette époque, je n'avais jamais vu la mer.
Lui : Nous vîmes un morceau de bois plein de grands tissus gonflés par le vent et on est monté dessus pas trop rassurés mais confiants quand même. . .
Elle : Ils avaient une belle femme blanche attachée sur l'avant qu'ils appelaient la proue.
Lui : Ah ! les Blancs. . . ils étaient bien gentils mais ils n'avaient pas compris qu'on préférait travailler dans les champs. Quoiqu'il en soit, les choses étaient bien faites. Tout de suite, nous fûmes séparés. Ils me mirent dans la première cale, sous le pont.
Elle : L'équipage me trouvait très belle. Aussi, ils venaient m'honorer tous les jours. Ils me faisaient un peu mal mais ils étaient si gentils.
Lui : La traversée fut magnifique ! J'étais couché dans la cale, contre mes frères. Nous avions très chaud. Le bateau claquait sur la mer. Les vagues de plus en plus grandes créaient chez nous un sentiment nouveau. Pour l'exprimer, nous rejetions la nourriture sur le sol et le plaisir de n'avoir pratiquement rien à manger nous rapprochait de nos ancêtres.
Elle : Quand le froid arriva, nous nous mîmes toutes à claquer des dents, empreintes de la joie d'être ensemble.
Lui : J'étais dans un monde inconnu et je remerciais le ciel quand ils me faisaient monter sur le pont. Avec d'infinies précautions, ils me mettaient nu et m'attachaient sur le sol. Hmmm ! . . . c'était bon de prendre le frais. Alors, ils me réchauffaient le corps avec les serpents qui claquent, me faisant des brûlures tendres et tranquilles qu'ils arrosaient de sel pour que jamais je n'oublie ce plaisir.
Elle : Du fond de ma cale, je l'entendais hurler de bonheur et j'étais bien jalouse ! Car j'aurais bien aimé en avoir autant. Parfois, il criait mon nom et ceux de nos enfants. C'est à ce moment que j'ai retrouvé les ancêtres. Quand ils m'ont perforé les intestins avec le balai qu'ils ont fait rentrer dans l'anus. J'étais si bien. J'ai vu un nuage blanc flotter dans mes yeux.
Lui : Bizarre. . . j'ai senti qu'elle était heureuse de partir. Alors, en bon père de famille, j'ai voulu savoir si mes enfants appréciaient la croisière. Alors, j'ai fait, que le Seigneur me pardonne, une faute, interdite. La nuit, je me suis glissé dans les coursives et j'ai descendu dans la cale du fond. Arrivé devant la porte, le gentil capitaine m'a demandé ce que je faisais là. Je lui ai répondu que je voulais dire bonjour à mes dix-sept enfants. Alors, il a ouvert la porte. Et je n'ai vu personne. Tout était vide. Je l'ai questionné et il m'a répondu que pour leur bien il les avait tous jetés dans la mer. Bien. J'ai beaucoup remercié, il était si gentil. . . et je lui ai demandé s'il ne pouvait faire la même chose avec moi. Incroyable ! . . . ils l'ont fait.
Et j'ai retrouvé toute la famille, chez les anciens. C'était une belle croisière. . .
ROYAL DE LUXE,
Publié le 1999-06-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : texte d'artiste
Thème(s) : théâtre de rue,
Mot(s) Important(s) : Afrique, couple, cruauté, dialogue, ironie,
Artiste(s) : ROYAL DE LUXE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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