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Résistance à la mise en scène




Dans un entretien réalisé dans le cadre d'une programmation au CDN de Normandie en mars 2001, Claude Régy revient sur son travail et plus particulièrement sur Mélancholia.


Quelle est ta conception, ta définition de la mise en scène ?


Claude Régy : Je me définirais plutôt comme un résistant à la mise en scène. J'essaie de voir tout ce qu'on peut enlever. J'ai analysé très clairement qu'il n'y a aucune raison de penser que le théâtre correspond à une définition. On me dit : «ce que vous faites, ce n'est pas du théâtre». Tant pis ou tant mieux. Ce qu'on appelle du théâtre, je trouve ça souvent très lassant. Ce qu'on appelle aujourd'hui l'industrie culturelle, et le mot veut tout dire, oublie complètement la subversion que doit représenter la création. Il est certain qu'on ne peut pas travailler sans subventions, il ne faut pas me faire dire ce que je ne dis pas, et l'Etat a toutes les raisons de subventionner la création artistique, parce que c'est par ses oeuvres que la société laisse une trace. Si une société ne veut pas mourir, il faut lui donner les moyens de laisser une trace et il faut que chaque époque trouve le moyen de renouveler un langage. Donc si on n'encourage pas la création et si on ne consacre pas un budget important de la nation à des activités qui ne peuvent pas être rentables, je dirais qui ne doivent pas être rentables, cette société disparaîtra, effacée du temps.
On a longtemps opposé le théâtre privé et le théâtre public. Je crois maintenant qu'il faut parler de trois secteurs : effectivement il y a le théâtre de divertissement, qui ne nous intéresse pas, et il y a l'industrie culturelle, qui ne nous intéresse plus du tout. Il faut un troisième secteur, un secteur de création : des endroits où il y aurait encore place pour l'imagination, de l'argent pour inventer, et non pas pour reproduire. Depuis longtemps on a pris la mise en scène pour l'oeuvre. Pour moi l'oeuvre, c'est l'oeuvre écrite.
Depuis toujours, je me suis intéressé au théâtre de texte. Ce qui m'intéresse dans le travail au théâtre, c'est le travail sur le texte avec des acteurs, donc c'est le travail sur les acteurs à partir du texte. C'est en fait le passage du texte au travers des acteurs qui fait également que le texte passe à travers les spectateurs. Et moins il y a de décoration autour, moins il y a d'encombrements autour, moins il y d'effets extérieurs, plus s'ouvre l'espace de ce passage. Mais il faut d'abord casser l'architecture théâtrale traditionnelle. C'est-à-dire que pour faire le travail dont je viens de parler, idéalement il faut un lieu mental commun au public et aux acteurs. Il ne faut pas de séparation entre la scène et la salle. Les théâtres à l'italienne et la plupart des théâtres modernes comportent cette séparation. Pour un certain travail extrêmement précis comme une juste notion du théâtre moderne l'exige, les théâtres sont en général trop grands : certaines personnes sont trop sur le côté, d'autres sont trop loin et trop haut. Les spectateurs n'ont donc pas tous une perception parfaite de l'image, des cadrages, des lumières, des sensibilités telles qu'elles ont été accordées. C'est pour ça que j'en arrive presque systématiquement à reconstruire la salle où je travaille et j'arrive en général à des jauges restreintes. Une des choses que j'ai découvertes, c'est de doubler l'espace de jeu prévu par la tradition. L'espace prévu par la tradition est 50% pour l'espace de jeu et 50% pour les spectateurs. Moi je pense que 1/3 pour les spectateurs suffit et qu'on a besoin de 2/3 pour faire un grand espace de travail. Il faut avoir du vide parce que le vide est créateur et le vide n'est pas vide comme nous l'apprennent les astrophysiciens. On travaille aussi sur une proximité acteurs-spectateurs. Je ne peux plus m'en passer.

S. Colleu & A. Berforini,

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre :
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : S. Colleu & A. Berforini (rédacteur), Claude REGY (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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