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Un voyage dans le bordel des mots
Cerveau Cabossé 2: King Kong Fire
Chapeau : Le metteur en scène genevois et sa troupe L'Alakran présentent une pièce d'après Antón Reixa. Un carnaval absurde et cruel, qui raconte l'odyssée de l'être humain type dans le dédale des mots.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Apparence :
Oscar GOMEZ MATA Metteur en scène
Anna HOHLER rédacteur
Texte : C'est l'histoire d'un homme ordinaire, d'un être humain type. De ses aventures dans le dédale des mots et de leurs doubles. Il s'appelle Valentin Ressentit. Res-sen-tit. Tout commence le jour où il se met à chercher le mot pute dans le dictionnaire. Quelque part entre zéro et dix ans. Tous le font, qui n'a jamais cherché le mot pute dans le dictionnaire? Eh bien, Valentin aussi. Seulement, en cherchant le mot pute dans le dictionnaire, il trouve également le mot effort. Et puis: dégoût, télévision, capitalisme. Enfin, il tombe sur le mot amour. Amour, facile. Mais ça, c'est pour la fin.
Enfin, chercher pute dans le dictionnaire, c'est quelque chose qui peut arriver à n'importe qui. Mais il y en a très peu qui, comme Valentin Ressentit, à force de chercher, restent dans le bordel des mots... L'Alakran l'y accompagne à merveille. Créé au Théâtre Saint-Gervais à Genève,
Cerveau Cabossé 2: King Kong Fire, la nouvelle production de la compagnie, s'inspire de textes du Galicien Antón Reixa, un «ferrailleur de l'art», comme il se définit lui-même. Des textes qui ne sont
a priori pas destinés à la scène, et qu'Oscar Gómez Mata et sa troupe agencent et malaxent pour les faire exploser sur les planches.
L'Alakran, c'est Fabien, Antonio, Espé, Pierre et Delphine. Pas besoin de troquer leurs vrais noms contre des noms de personnages. Ils jouent dans leur propre peau, à la fois proche et si loin de ce qu'ils sont à la ville. Le prologue, c'est une farce désopilante qui se joue chez l'ostéopathe, en français et en espagnol, et d'un rythme à couper le souffle. Puis le rideau s'ouvre et une voix souffle, dans les gradins: «
Ouf! Si c'est comme ça, l'ostéo, c'est sûr que je n'irai jamais!» Ironie de l'histoire: oui c'est comme ça, absurde et cruel. C'est comme ça dans la vie et nous y sommes tous!
Aucun des acteurs n'endosse le rôle de Valentin. Tous racontent ce qui lui arrive, ce qui nous arrive, condamnés à vivre... dans le bordel des mots. Mais quel joyeux bordel que celui-là! Coiffés de perruques noires brillantes, en sous-vêts couleur peau sur lesquels ils ont enfilé toutes sortes de maillots de bain, les cinq comédiens jouent à jouer, polycopiés à l'appui comme pour une conférence. Car en fait il y a deux histoires: ce dont on parle (l'odyssée de Valentin), et ce qui se passe sur scène. Régulièrement la narration est brisée, le public interpellé avec des «
bon, je crois que ça mérite une explication» interrogateurs.
«Chouette!», qu'on se dit, on va comprendre mieux. Mais bien sûr que non:
Cerveau Cabossé 2: King Kong Fire, c'est près de deux heures de folies furieuses, d'exhibitions et de surprises. Il n'y a rien à comprendre mais tout à prendre. A se plonger dans cet univers jouissif, à se perdre dans les non-sens. C'est une sorte de carnaval scénique, un théâtre qui doit «
éveiller les sens désactivés des spectateurs contemporains», selon le metteur en scène. Oscar Gómez Mata s'écarte du rythme habituel d'une représentation – calqué sur le texte – pour «
accéder à un autre temps, celui du regard, celui qui nous permet de voir ce que l'on n'attend pas».
Et puis oui, il y a l'amour, à la fin. Enfin, l'amour version L'Alakran. En tombant sur le mot amour, dans le dictionnaire, Valentin Ressentit téléphone... à l'Horloge Parlante, service d'information horaire en continu. «
Au prochain top il sera vingt heures, dix-huit minutes et dix secondes. Bip. Au prochain top il sera vingt heures, dix-huit minutes...» Le rideau est tombé, les acteurs rhabillés pour sortir et il trône, au milieu d'un petit tapis rose dégueulasse, un téléphone portable d'où sort cette voix, amplifiée par un micro. Et Valentin de lui déclarer son amour, plat mais brûlant, infiniment poétique mais si ordinaire. Comme le nôtre.
Cerveau Cabossé 2: King Kong Fire, au Théâtre du Rond-Point, Paris, du 13 novembre au 27 décembre 2003. Tél. 01 44 95 98 21 ou 01 44 95 98 10.
Date de publication : 23/01/2003
Inséré le : 22/01/2003 00:00
Thèmes : théâtre,