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Un travail physique qui s'exerce debout
Eric Lacascade, directeur du CDN de Normandie et metteur en scène de la Trilogie Tchekhov, revient sur ses modalités de recherche théâtrales.
Quelle est votre définition de la mise en scène?
Eric Lacascade: Qu'est-ce que la mise en scène? Un métier probablement. Un métier d'art donc un métier lié à la recherche. Et à l'expression de la liberté comme toutes les formes d'art. Dès que je me trouve face à un groupe d'acteurs, je cherche. Je cherche des voies, des hypothèses pour résoudre les problèmes posés par un texte. C'est le même processus que la construction de sa vie. On cherche des voies, on élabore des hypothèses. On travaille sur soi, on organise la vie pour s'approcher de ce qu'il est possible d'appeler un homme libre. Oui, c'est un métier qui plus que d'autres se nourrit de la vie et nourrit la vie. J'ai l'impression qu'en toute circonstance, je suis en gestation d'oeuvre. Peut-être que si j'ai choisi cette forme d'art là c'est que le métier de metteur en scène permet de résister à l'organisation du système social et en particulier de résister à cette société qui survalorise l'individu, l'autonomie ; on essaie de nous faire croire que plus on est isolé, autonome, plus on est indépendant, libre. On essaie de nous faire croire que l'autre c'est forcément une menace. On prône le repli sur soi comme système de protection. Or c'est faux. Je crois aux vertus communautaires. Dans le théâtre l'autre est toujours un partenaire. J'existe parce que l'autre me regarde. Comme le fait de regarder les comédiens les fait exister. Ce métier est fait de regard, d'écoute, de proposition, de tentative d'aller chercher au coeur des fonctionnements humains, des révélations. Le travail du metteur en scène c'est de révéler ce qu'il y a d'obscur et de mystérieux dans une oeuvre. C'est aussi de révéler ce qui en chacun des partenaires peut paraître obscur, caché, ténébreux.
Dans un dialogue sur le théâtre, Goethe fait parler le poète, le bouffon, le directeur de théâtre. Le poète dit «sache ranimer en moi la force de haïr et le pouvoir d'aimer». C'est la seule violence que je revendique. L'art, par définition, est un acte de violence car il est subversif. Si l'art n'est pas violent, il n'est que répétition, clonage. Quand je dis que le métier de metteur en scène a à voir avec l'exercice de la liberté, cela ne veut pas dire que l'on peut faire n'importe quoi, que tout est permis.
Il faut trouver sa propre respiration, identifier ce qui existe, ce qui s'est fait et s'en démarquer, se garder des influences, résister à la tentation de faire ce que le public attend, le spectacle parfait et conforme qui va marcher, renoncer aux trucs et aux ficelles que le théâtre a en magasin. Dans le travail théâtral, l'essentiel s'appelle «répétitions». Drôle de mot. Il faut répéter et répéter justement pour éviter de répéter ce qui s'est fait avant nous, ce que moi-même j'ai fait précédemment. Il faut répéter pour faire émerger ce que l'on ignore de soi-même et non pour répéter la vie comme le fait le théâtre naturaliste (que je déteste). Mettre en scène est un travail physique qui s'exerce debout, qui demande un état d'énergie, qui demande à ce qu'on relève les manches comme pour accoucher quelqu'un.
Sophie COLLEU, Angelina BERFORINI,
Publié le 2001-01-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Eric LACASCADE (metteur en scène), Sophie COLLEU (rédacteur), Angelina BERFORINI (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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