Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Enfer, Paradis et autres articulations
Six créations à Annecy
Chapeau : Bruno Meyssat, Thierry Bédard, Pascal Rambert, le groupe DACM, Boris Charmatz et Elena Córdoba : du 15 au 18 janvier avec ARTicule, la Scène nationale d'Annecy a réuni six créations, achevées ou en cours, qui témoignent du désir de prendre la parole face à l'état du monde.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Apparence :
Mari-Mai CORBEL rédacteur
Texte : Un souffle dantesque a passé sur Annecy. Avec
ARTicule, le directeur de la Scène nationale, Salvador Garcia, a réuni les artistes qu'il soutient, tous mus par ce désir incoercible de prendre la parole face à l'état du monde. Bruno Meyssat a créé ici
Gruppetto et Rondes de Nuit - essai d'un théâtre des peurs de l'homme, Pascal Rambert
Gilgamesh (Avignon 2000) et
Asservissement sexuel volontaire, Thierry Bédard l'opus 1 de
La Bibliothèque censurée et l'
Éloge de l'analphabétisme, Boris Charmatz,
Consortium et
Ouvrée, artistes en alpages, randonnée artistique sur le Semnoz avec dix-neufs chorégraphes et plasticiens et enfin Gisèle Vienne et Etienne Bideau-Rey,
ShowroomDummies en 2001. Elena Córdoba, chorégraphe madrilène; a été quant à elle invitée sur les conseils du metteur en scène Rodrigo Garcia...
«
Ce n'est pas un festival, confie Salvador Garcia,
je préfère l'idée de quelque chose qui s'impose maintenant mais que je peux ne pas reconduire. » ARTicule s'est étoilé dans la ville. Elena Córdoba s'est installée au Brise Glace, lieu de concert au bord du lac d'Annecy. Pascal Rambert est monté à la grande salle du château-musée daté du XIIe siècle, Bruno Meyssat dans un récent centre de danse, enfin les DACM et Thierry Bédard sur le plateau de la Scène nationale.
L'état du monde, sa violence. Il manque à la plupart d'entre nous d'en avoir été témoins directs. Les artistes, eux, voyagent. Après la guerre du golfe, pour
Gilgamesh, Pascal Rambert est allé chercher des comédiens en Syrie et aux U.S.A. Bruno Meyssat déjà parti au Mali, en Égypte, ira bientôt au Pérou. Dans
En Enfer, Thierry Bédard pose le problème de ce que peut la pensée artistique. Reza Baraheni, Iranien en de Toronto, traducteur en persan de Michel Foucault, fait de la tragédie de l'humanité, l'histoire d'une mutilation graduelle de ses dons, in fine de sa langue, dans des odes qui auraient laissé pantois Goya (
Saisons en enfer du jeune Ayyâz, éd. Pauvert)
Avec
Est-ce que je m'en vais ? essai d'un carnet de route franco-malien , Bruno Meyssat énonce l'énigme de la circulation des paroles comme vie de la psyché. Fruit d'un travail sur l'imaginaire des objets, et de quêtes intimes, le spectacle se compose comme la quête d'un mot sur le bout de la langue. Le groupe brûle, dépèce celui qui s'est exclu, qui s'isole en lisant, qui désobéit au père ou aux lois, qui renie la
religio. Tenter d'établir un respect curieux de l'autre, l'expérimenter, renouer là où les liens sont tranchés entre le blanc et le noir. Les départs sont des dérives, des séparations, des morts. Bruno Meyssat s'obstine à nouer des fils aussi ténus soient-ils, aussi inconciliables soient les modes d'être. Les Maliens sont graves, ils ont de l'enfance dans les yeux rieurs. Moussa Fofana prononce les amours, « les armes-mousses » dans un poème de Ronsard.
Avec
Paradis, Pascal Rambert s'est lancé dans une course contre la montre pour inventer une super manière d'être au monde, donc en scène. Ses huit acteurs répètent en public quatre heures par jour. Lui regarde, indique. « Concurrencer la vie », dit-il. Un assistant écrit ce qui se passe. Libre aux spectateurs d'entrer et de sortir. Ecouter le silence dans une vaste pièce éteinte, hantée, voir sur Vincent l'ombre d'une fenêtre, ou Kate, nue, s'arquer. Comme des haïkus, avant la création dub spectacle au Théâtre de la Colline, en 2004.
Stéréotypie, tout nouveau spectacle du groupe DACM, explore le schéma narratif des rêves, construits autour de la scène où s'est conçu le rêveur. Spectacle surréaliste dans son ouverture à une réalité intemporelle mais matricielle. La lumière se rend aux secrets chuchotements des aubes ou aux élégies de contre-jours éblouis, répond aux micro drames sonores de la techno de Peter Rehberg. Une nymphette joue avec des têtes de chiens en latex, épiant les chienneries de poupées mécaniques. Noriko Tujiko chante en japonais comme dans un lieu underground de Berlin. Le cri de la petite fée éclate, parole étranglée et déjà terreur de l'aliénation érotique.
Enfin, Boris Charmatz dans
héâtre-élévision s'absente, pratique l'ubiquité. Sa vidéo circule de ville en ville. Cela renvoie à la tactique de la « disparition du metteur en scène » de Pascal Rambert, tanis qu'Elena CordÓba décrit l'atmosphère des déglingues noctambules, l'état de manque (amoureux) comme ses plus belles années.
ARTicule a eu lieu à Annecy, du 15 au 18 janvier.
Prochaines représentations des spectacles vus à ARTicule :
Est-il vrai que je m'en vais ?, de Bruno Meyssat, du 21 au 24 janvier, aux Subsistances, à Lyon.
Stéréotypie, du groupe DCAM, du 30 janvier au 1er février à la Maison des Arts de Créteil
En enfer, de Thierry Bédard, les 7 et 8 mars à la Filature de Mulhouse, du 1er au 5 avril au CDN d'Orléans, les 15 et 16 avril à la Rampe d'Echirolles (Grenoble), les 13 et 14 mai à Valence et du 20 au 24 mai à la Ferme du Buisson à Noisiel.
Paradis, de Pascal Rambert, création prévue en 2003/2004 au théâtre national de la Colline. D'ici là, Pascal Rambert part au Japon en mars pour quatre mois afin d'y écrire le texte.
héâtre-élévision, de Boris Charmatz, du 23 janvier au 9 février au CDC Toulouse (festival Sans Titre), du 27 janvier au 21 février à Grenoble, du 11 au 23 mars à l'Espace des Arts de Châlon-sur-Saône (festival Instances), du 1er au 30 juillet à Bordeaux (Les Grandes Traversées), du 30 septembre au 10 octobre à Montréal (Festival international de danse).
Date de publication : 23/01/2003
Inséré le : 22/01/2003 00:00
Thèmes : théâtre,