Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Du moi au nous

Saturne

Chapeau : Avec Saturne, présenté par Marseille Objectif Danse, Pascal Gravat expose quatre égo débordants dans un dispositif qui génère un sentiment d'empathie communicatif.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Apparence :

Pascal GRAVAT chorégraphe
Frédéric KAHN rédacteur

Texte : Bienvenue dans l'ambiance saturnale de Pascal Gravat et de son groupe Quivala. Ici, comme dans l'Antiquité romaine, le temps d'une cérémonie païenne (les esclaves prenaient alors la place des maîtres), d'autres règles sont en vigueur, permettant la transgression des lois sociales et morales qui nous contraignent. Le contrat implicite passé entre les protagonistes de ce jeu repose sur l'exposition de quatre ego débordants (Prisca Harsch, Anja Schmidt, Antoine Lengo et Pascal Gravat). Cette quête du moi n'a pourtant rien d'égotiste, elle concerne la communauté rassemblée pour l'occasion. Le voyeur-spectateur est plus que concerné. Il est impliqué.
D'emblée, la distance réglementaire et conforme au contrat implicite entre public et scène est brouillée. Le spectateur est sur scène, assis sur des chaises au contact des danseurs. Il n'y a même plus de scène à proprement parler. La salle tout entière est devenue espace de représentation. Pendant une heure, nous sommes ainsi constamment au cœur d'une forme hautement spectaculaire qui n'épuise pas son potentiel de réel, mais s'en nourrit.
Qu'est-ce qui est de l'ordre du mensonge, qu'est-ce qui relève de la confession, comment différencier la sincérité de l'imposture, le reflet du miroir ? A quelle comédie participons-nous ?
Le dispositif tout entier génère un sentiment d'empathie communicatif. Ces quatre personnages sont nos semblables, nos frères et sœurs d'humanité. Nous partageons leurs croyances et leurs doutes, leurs fragilités et leurs folies passagères et finissons par nous fondre dans leurs mouvements. Ces élans spontanés, ces crispassions soudaines, ces confessions interrompues par le besoin irrépressible de se lâcher, de s'oublier sur une musique tonitruante, toutes ces manifestations du corps et de l'esprit disent simplement que l'on est encore en vie, imprévisible et programmable. Sans didactisme aucun, Saturne est une leçon de liberté. A l'image de la dernière scène : Anja Schmidt, après avoir été rendue difforme par des habits compulsivement mis en boule à l'intérieur de son survêtement, entame une danse totalement nécessaire, qui la libère de toute cette surcharge inutile. Elle se départit du jugement des autres. Elle redevient ainsi elle-même.
Cet élan était proposé par Marseille Objectif Danse, à la Friche la Belle de Mai. Encore eux !


Date de publication : 23/01/2003


Inséré le : 22/01/2003 00:00
Thèmes : danse,