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Transit et liquidités
Artiste suisse, Pipilotti Rist use de la vidéo pour manifester des états transitoires et mouvants. Elle opère une mise en scène perpétuelle du voyage, du déplacement, du glissement. Flottement d'un monde où la stabilité n'existe pas.
«Remake of the weekend». L'exposition Pipilotti Rist présentée actuellement au musée d'art moderne de la ville de Paris permet de plonger dans l'univers de cette artiste suisse: un monde où la stabilité n'existe pas.
En 1992, Pipilotti Rist exposait à la galerie Stampa de Bâle une sculpture composée d'un maillot de bain féminin suspendu au plafond, dans lequel un téléviseur rond donnait à entrevoir, à travers le tissu, le parcours d'une caméra dans un tube disgestif et un intestin. «Eindrücke verdauen» (Digérer des impressions) posait déjà l'un des axes majeurs de l'oeuvre de cette artiste : manifester par le biais de la vidéo des états transitoires et mouvants, rendre perceptibles, par une exploration au plus près des choses, des territoires indéfinis et parfois inconscients, avec un vocabulaire visuel qui n'appartient qu'elle.
Digérer des impressions, c'est en effet la sensation première qui fait suite à l'intense plongée à laquelle Pipilotti Rist soumet le spectateur qui, de par la structure même de la plupart de ses travaux, ne peut qu'être absorbé par le déroulement et le flot visuel de l'oeuvre qu'il appréhende. L'artiste déclarait d'ailleurs à Laurie Anderson en 1996 : « Quand je fais des projections, je veux que les gens puissent y entrer, que ces couleurs, mouvements, images se reflètent sur leurs corps » (1).
Et c'est bien une des constantes de ce travail que d'envahir non seulement l'espace architectural qu'elle occupe mais encore le propre espace corporel du regardeur qui devient non pas acteur mais tout le moins partie prenante de l'oeuvre. Ainsi de «Sip My Ocean» (1996), récemment montrée lors de l'exposition «Dogdays are Over» (2), où la double projection à grande échelle d'un même film dans un coin de la pièce rendait plus prégnante encore l'image de cette immersion à laquelle le visiteur était non pas convié mais forcé. De même, «Mutaflor» (1996), projeté au sol, où l'artiste nue nous interpelle et nous invite à la rejoindre au sein d'un espace qui, au fil du déroulement du film, ne devient plus qu'un gouffre, en particulier lorsque sa bouche en gros plan n'est plus là que pour nous happer. Digérer des impressions. . .
Un autre facteur tendant à rendre l'ouvre omniprésente dans sa réception tient dans la saturation - si ce n'est la ‘ « sursaturation »- que l'artiste impose à l'image vidéo. Jouant des formes, qu'elle aime souvent à envisager au plus près, dans une proximité sensuelle et poétique, et des couleurs souvent rehaussées en vue de les rendre plus présentes encore, elle parvient à créer sur l'écran une imagerie que l'on pourrait vulgairement dire pop si elle n'avait d'autres enjeux que ceux d'une manipulation du sujet.
Usant avec brio des potentialités techniques de son medium, elle le manipule, via des procédés informatiques, jusqu'à en tirer des effets donnant un statut ambigu à l'image, oscillant entre la télé, la vidéo et le cinéma. De ce brouillage résulte cette trÈs forte prégnance de l'image, jusqu'à en devenir parfois plastique.
Plastique, le travail de Pipilotti Rist l'est de toute manière, tant l'insertion d'objets au sein d'installations est devenu pour elle pratique courante. On se souvient de «Das Zimmer» (La pièce), visible à la Biennale de Lyon de 1997, environnement reproduisant avec du mobilier surdimensionné un salon où regarder de la vidéo (ses vidéos). De même, en recréant au musée les diverses pièces d'un appartement, l'exposition «Remake of the Weekend» nous confronte au contenu d'un intérieur, à son bric à brac. La plasticité attachée à la vidéo est ici poussée à une sorte de paroxysme puisque toute surface (table, fauteuil, vase, bouteille), peut devenir support d'une projection, mais aussi que de nombreux meubles et objets rendent possibles ces mêmes projections en intégrant en eux-mêmes le matériel nécessaire.
Frédéric BONNET,
Publié le 1999-00-00
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : art plastique, vidéo,
Mot(s) Important(s) : aquatique, corps, fable, fluidité, installation, perception, sensualité, voyage,
Artiste(s) : Frédéric BONNET (rédacteur), Pipilotti RIST (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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