Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Animaux visionnaires
Dans la grande série du bestiaire qu'il a amorcée depuis plusieurs années, l'artiste chinois Huang Yong Ping a planté neuf animaux imaginaires en fonte d'aluminium en haut de mâts de bois traversant le toit du pavillon français de la 48e Biennale de Venise.
Nathalie Viot : Quelle a été votre première réaction quand on vous a proposé ce projet ?
Huang Yong Ping : Ma réaction a été la même que devant toutes sortes d'invitations que j'avais reçues auparavant, j'ai dit d'accord. Bien sûr j'étais très content, mais je n'ai pas trop réfléchi là-dessus.
Nathalie Viot : Dans quel état d'esprit travaillez-vous ?
Huang Yong Ping : On peut utiliser le proverbe «rester oisif devant l'événement» pour expliquer mon état d'esprit. Lorsque vous vous trouvez en face d'un projet très important, vous devez travailler dans un état d'esprit relâché, il ne faut pas paniquer ou hésiter à cause de l'importance de la chose, il faut traiter toutes les choses importantes comme si elles n'avaient aucune importance.
Nathalie Viot : Quel est pour vous l'enjeu le plus important ?
Huang Yong Ping : Je n'ai pas d'enjeu. L'enjeu représente une sorte d'angoisse devant l'incertitude de la perte ou de la réussite, et pour moi au moment où je réussis ici, j'échoue ailleurs, et inversement. Je ne fais que jouer le jeu, il existe toutes sortes de modes de jeu, mais il n'y en a pas un qui soit plus important, tout est relatif et modifiable en fonction du temps et du lieu.
Nathalie Viot : Auriez-vous eu envie de représenter le pavillon chinois plutôt que le pavillon français, s'il y en avait eu un ?
Huang Yong Ping : Je me méfie du mot «représenter», puisque j'ai du mal à représenter moi-même, comment pourrais-je représenter un pays? Pour la Biennale de Venise la répartition des pavillons par pays est un mode d'exposition assez particulier, comme si l'architecture de ces pavillons représentait l'esprit des pays auxquels ils appartiennent. Il me semble que la co-existence de tous ces pavillons-pays sur le même lieu représente une sorte de lutte de pouvoir entre eux. Est-il nécessaire de continuer d'utiliser ce mode d'exposition qui existe depuis cent ans, faut-il briser ce genre de répartition? Je m'interroge.
Nathalie Viot : L'origine, l'écologie, la survie des espèces sont des données constantes dans votre oeuvre. Pensez-vous que cela vienne du fait que vous vous soyez exilé? Par ailleurs, quel est votre sentiment face aux grands bouleversements que connaît la Chine aujourd'hui?
Huang Yong Ping : Je ne pense pas être un exilé, mais plutôt un voyageur. Nous pouvons considérer notre vie comme un voyage sans arrêt. Pour un exilé, l'origine, l'écologie, la survie des espèces invoquent inévitablement le sentiment de nostalgie ou l'incapacité devant un certain dilemme. Alors que pour moi ces données constantes ne sont qu'une stratégie pour résister contre la politique, l'économie et la culture qui sont continuellement en mouvement de globalisation. Certes, la Chine est en grand bouleversement mais je crois que tout cela est favorable pour la pluralisation (au lieu de la simplification) du monde.
Nathalie Viot : Quand vous êtes venu vous installer en France il y a dix ans quelles étaient vos motivations ?
Huang Yong Ping : Je suis venu à Paris sur l'invitation de Jean-Hubert Martin, alors directeur du MNAM (Centre Georges Pompidou), pour participer à l'exposition «Les magiciens de la terre». C'était la première fois que je sortais de Chine, j'avais alors prévu un séjour d'un mois, mais je suis resté et cela fait dix ans. Les changements de la vie sont souvent imprévisibles. Ma vie est constituée des opportunités qui se présentent, je ne fais que les suivre.
Nathalie Viot,
Publié le 1999-06-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : art plastique,
Mot(s) Important(s) : Asie, vision, philosophie, imaginaire, hybride, Chine, Biennale de Venise, bestiaire, avenir, voyage,
Artiste(s) : Nathalie Viot (rédacteur), Huang Yong Ping (sculpteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :