Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Perspectives croisées
A Ajaccio, la 5e édition de Studio Vidéo Danse accueillait de jeunes chorégraphes qui explorent la lisière de la danse. En contrepoint du festival, l'exposition «Life/Forms (vita/ formae)» réunissait au Musée Fesch, des oeuvres de chorégraphes confirmés.
La performance est ici relayée par des photographies qui, mises côte à côte, retracent le déroulé du mouvement. Bientôt, Bruce Nauman confrontera le corps à l'architecture. Avec «Corridor: walk with Contrapposto» (1968), l'artiste marche en se déhanchant dans un long corridor, renouant ainsi «avec les déhanchements de la statuaire hellénistique ou des figures maniéristes, et s'astreint à déambuler en imitant l'une des plus célèbres attitudes de l'histoire de l'art»(5). Selon Yvane Chapuis, commissaire de l'exposition, cette oeuvre illustre le point de passage «d'une logique de la danse» à «une logique de l'architecture». L'espace de l'expérience de l'artiste, la performance, devient celui du spectateur, une architecture à éprouver. Ainsi, au deuxième niveau du musée, «Four Corner Piece», (1970), de Bruce Nauman, invite le visiteur à faire le tour d'un cube de six mètres de côté. La circulation proposée est la même que celle que l'artiste réalisait dans son atelier quelques années plus tôt. A chaque angle, un moniteur posé au sol diffuse l'image du visiteur en différé. Tout se passe comme s'il se courait après sans jamais se rattraper. L'expérience est symbolique. . . La pièce rappelle l'importance de la place du spectateur dans l'oeuvre d'art contemporaine: «A force de considérer que les oeuvres d'art sont faites pour être seulement vues, on a fini par oublier que les yeux ne sont pas ceux de l'esprit mais les yeux du corps, et que le corps lui-même participe de la perception, laquelle englobe chair et pensée. (. . . ) Ici le spectateur est pleinement intégré aux installations, architectures, dont il est finalement l'un des éléments complémentaires sans lesquels l'oeuvre n'aurait aucune signification ni ne pourrait produire quelque effet.(6)
La mise en présence des oeuvres contemporaines au sein de la collection d'art baroque du Musée Fesch nous invite sur ces pistes de recherches en posant des problématiques communes. Au rez-de-chaussée du Musée, «Passageway» (1961) de Robert Morris, long corridor courbé qui se rétrécit progressivement pour se terminer en une voie sans issue, subordonne le corps aux contraintes spatiales. Face au corridor, la perspective tronquée qui «creuse» l'espace de «La présentation de Jésus au Temple» d'Andrea Pozzo «avale» l'oeil du spectateur. Les trois marches d'escalier, au premier plan de la composition, semblent s'étendre hors des limites du cadre comme une invite à ne plus distinguer nettement la réalité de l'illusion.
Dans la cour du musée, le labyrinthe triangulaire de Robert Morris fait écho au dessin que l'artiste réalise pour Merce Cunningham. Construction contraignante, les choix de parcours proposés sont multiples, pourtant, un seul est possible, à l'instar des effets de clair-obscur de la peinture baroque qui conduisent le regard à l'intérieur du tableau.
Clôturant la visite, les effets de verre de «Two Viewing Rooms» (1975) de Dan Graham nous entretiennent, avec autant d'ambiguïté que l'espace baroque, de la perversité de nos sens et de l'illusion des formes.
«Life/Forms (vita/formae)», met ainsi à notre disposition des architectures de Dan Graham, Bruce Nauman, Vito Acconci et Robert Morris, comme autant de cadres structurant nos lieux de vie afin que nous prenions conscience de la douce violence de leurs obligations.
Yvane CHAPUIS,
Publié le 1999-06-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : performance, installation, architecture, peinture, danse,
Mot(s) Important(s) : années 60, années 70, baroque, corps, espace, Etats-Unis, histoire, minimalisme, spectateur,
Artiste(s) : Yvane CHAPUIS (rédacteur), Yvonne RAINER (chorégraphe), Bruce NAUMAN (chorégraphe), Robert MORRIS (chorégraphe), Martha GRAHAM (chorégraphe), Merce CUNNINGHAM (chorégraphe), Delphine MAURANT (chorégraphe), Vito ACCONCI (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :