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Le maître des formes
Chapeau : Personnalité marquante de l'histoire des avant-gardes, Oskar Schlemmer a réalisé une oeuvre totale qui ne peut être appréhendée que dans son ensemble. La première rétrospective consacrée à l'inventeur des danses du Bauhaus se déroulait en 1999 à Marseille.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : analyse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Apparence :
Rubrique : 5
Oskar SCHLEMMER théoricien
Fabienne VERNET-SANCHEZ rédacteur
BAUHAUS mouvement artistique
Texte : L'esthétique théâtrale telle qu'elle avait été posée en Allemagne, de Kant à Hegel, inscrivait la danse en dernière position au sein de la hiérarchie des beaux-arts qui privilégiait la parole au détriment de la simple combinaison entre «deux de figures» et «jeux de musique» (7). Oskar Schlemmer est un homme cultivé, Nietzsche a bouleversé de tels cadres de pensée. Ainsi, la danse associe pour Schlemmer l'élément dionysiaque de par son origine, et l'élément apollinien comme symbole apparent de l'unité de la nature et de l'esprit. Or la danse théâtrale n'est pas un nouveau mode d'expression en ce premier quart du vingtième siècle, et Oskar Schlemmer le sait bien (8). Cependant, les potentiels de renouvellement qui la forment sont immenses au regard de l'opéra et du théâtre «contraints par le mot, le son et le geste». La danse est «libre et prédestinée», et «la danse théâtrale muette [. . . ] qui ne dit rien mais signifie tout, renferme un potentiel d'expressions et de mises en forme que l'opéra et le théâtre ne permettent pas de mener à un tel degré de pureté » (9).
Il s'agit pour Schlemmer de réconcilier l'homme avec son temps et son espace, de créer un art universel, doué d'une «pédagogie envoûtante», où la danse théâtrale constitue la recherche d'un degré ultime de «pureté».
L'artiste s'appliquera alors à souligner le rapport entre le corps humain et l'espace dans lequel il évolue. Ses recherches seront marquées par l'expérience faite sur le front de 1914. Il écrit dans son journal de soldat: «Le carré de la cage thoracique, le cercle du ventre, le cylindre du cou, le cylindre des bras et des cuisses, la sphère de l'articulation du coude, du genou, de l'épaule, de la cheville, la sphère de la tête, des yeux, le triangle du nez, la ligne qui relie le coeur au cerveau, la ligne qui relie le visage à ce qu'il voit, l'ornement qui se forme entre le corps et le monde extérieur, leur rapport symbolisé.»(10)
Sa réflexion sur le corps humain, son étude sur le nu puis le cours consacré à l'Homme («Der Mensch») qu'il dirigera à partir de 1929 au Bauhaus de Dessau font preuve d'une extrême rigueur, d'une connaissance qui n'est pas sans rappeler celle de Dürher ou encore la vision universelle de Leonard de Vinci.
Dans le cadre de ses danses, le costume et le masque sont des éléments fondamentaux qui soulignent, dirigent, voir contraignent le corps dans ses mouvements, le matérialisent. Les figures du «Ballet triadique» sont ainsi toutes soumises à des règles que leur impose leur costume: la «figure disque» en son balancement, «l'abstrait» en sa recherche de nouveaux centres de gravité, la «boule d'or» privée de bras. . . Le costume génère une nouvelle façon de se mouvoir, il est proposition et instrument pour de nouvelles expériences corporelles. Un corps dont les forces sont entièrement dirigées «par une mécanique de précision, parfaite, automatisé, presque sans intervention de l'homme si ce n'est au tableau des commandes invisible [. . . ]».(11) Telle est l'étape ultime qu'Oskar Schlemmer n'expérimentera jamais (trop de temps et d'argent). Un corps décrit par Heinrich von Kleist dans son «Théâtre des marionnettes» (12)ou encore par Novalis (13). Le corps humain demeure cependant «[. . . ] un être de chair et de sang, d'esprit et de sensation, et un appareil d'articulations doué d'une merveilleuse précision dans son fonctionnement» (14). Il scande l'espace et le mesure. La «danseuse de verre», montée pour la première fois en 1929 à la Matinée du Théâtre populaire de Berlin, s'avance vêtue de son imposant costume, à petits pas, en diagonale depuis l'angle du fond à gauche jusqu'au milieu de la scène, se tournant successivement à droite puis à gauche jusqu'au milieu de la scène, se tournant une fois à droite et une fois à gauche après chacun des quatre accords (joués sur le piano ou sur le célesta et le triangle). Elle s'incline, se balance et trace dans l'espace des formes rondes ou aiguës. La scène est entièrement noire, seuls deux projecteurs suivent la figure dans son parcours qui ne durera que deux minutes.
Date de publication : 01/06/1999
Mots-clés : Allemagne, années 20, architecture, avant-garde, ballet, Bauhaus, chorégraphie, cirque, danse, fable, forme, peinture, politique, scène, technique
Inséré le : 28/05/2001 00:00
Thèmes : danse, théâtre,