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Techno, mon support

Dérivée partielle

Chapeau : Dans Dérivée partielle, Serge Ricci prend le risque d'une redite qui piègerait son écriture dans un effet de mode.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Apparence :

Gérard MAYEN rédacteur
Serge Ricci chorégraphe

Texte : Faits d'hiver se concluait ce week-end en investissant la grande salle de la Maison des Métallos. Soit une configuration mouvante, rendant des plus fluctuants le rapport entre scène et salle. Soit une conclusion pertinente pour un mois de programmation qui, déceptions comprises, laisse l'impression tonique, devenue si rare, d'être ouverte, simplement ouverte sur ce qui se passe – c'est déjà énorme - sans instruire ni manipuler quiconque (artistes ou spectateurs, renvoyés libres à leurs spéculations légitimes).
Il semble que ce soit cet appel du lieu, de sa configuration même, qui ait conduit à demander à Serge Ricci de faire dériver une nouvelle pièce, ainsi intitulée Dérivée partielle, de deux précédentes créations (Partiellement effacé et Humor).
Il est donc des époques, des chimies, des sons et des technologies, qui suspendent la perception des corps, de l'espace et des désirs – la sensation, les miasmes, l'autre savoir - avec une intensité inquiète, obsédante et nouvelle, au bord énervé des ruptures d'époque. Au cours de la décennie de clôture du précédent millénaire, la matière célébrante et cérébrale de la techno, répétitive et expansée, sauvage et pourtant sophistiquée, a fait ressentir le vertige de ces choses, et leur brûlure, qui laisse son tapis de cendres derrières les pas obscènes des branchés. Les lois Vaillant-Sarkozy sont aussi faites pour briser le raver halluciné.
Les présences butées, corps pâmés, croisement ignorés de Serge Ricci, expriment cela avec une vérité entêtée. Les flux y sont tendus, les énergies déchirées, plans de corps imbriqués. Sueur, intensité, la perdition esthète. Une évidence d'être, urgente, errant dans un léger décombre d'énigmatiques objets. Des gueules, des manières ; des êtres en scène et ici au regard du public par tous les bords. Palpitation d'une danse du geste dansant, assumée, non conceptuelle.
Mais aussi, et logiquement par là-même, un rapport finalement conventionnel entre danse et musique. Soit le risque d'un repli, quand l'actualité se fane, qui n'a jamais été synonyme de modernité. La génération de la vieille nouvelle danse des années 80 offre déjà tant et tant d'exemples de ces chorégraphes qui n'ont pas démérité, et savent si bien composer, et qu'on ne saurait attaquer, mais qui n'étonnent plus jamais, qu'on ne souhaite pas à la génération techno de déjà bégayer ses redites.


Dérivée partielle, chorégraphie de Serge Ricci, a été présenté les 24 et 25 janvier 2003 à la Maison de Métallos, dans le cadre du Festival Faits d'hiver.


Date de publication : 28/01/2003


Inséré le : 28/01/2003 00:00
Thèmes : danse,