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Troubles à l'ordre public


L'après-Gutai



A Tokyo dans les années 60, les Néo Dada Organizers et le groupe High Red Center prennent le relais de Gutai. Leurs actions expriment alors un radicalisme artistique et politique qui ouvre un «champ culturel total».


Le High Red Center fit son apparition en 1963 et comprenait au départ Takamatsu Jirô, Akasegawa Genpei et Nakanishi Natsuyuki, rejoints un peu plus tard par Tatsu Izumi. Le point d'exclamation est la signature de High Red Center, point que l'on retrouve sur les drapeaux, les tracts et les boîtes de conserve! Comme les Neo-Dada Organizers, ces artistes participaient aux Indépendants Yomiuri. À la fin des années quarante se tenaient des expositions sans jury au Musée de la ville de Tôkyô et celles-ci étaient devenues des lieux ouverts à toutes les formes d'art, des plus artisanales jusqu'aux tendances les plus contemporaines. On vit, par exemple, à la 14e exposition des Indépendants, en 1962, des oeuvres sonores ou des oeuvres faisant appel à la participation du public (celles-ci se rapprochaient des «events» de Yôko Ono et du groupe Ongaku). Ainsi, Nakasawa disposait sur un tissu blanc des sacs en plastique remplis d'encre, il fallait donc marcher sur ces sacs pour que la toile s'imprègne d'encre. Shõzõ Nagano présenta des balles que le public devait éparpiller. Jirô Takamatsu fit mettre des gants aux spectateurs, pour faire tirer une corde se trouvant dans une boîte. De même, Yukata Matsuzawa commença à travailler des objets «Psi», jusqu'à devenir lui-même une oeuvre «Psi», jouant ainsi sur une sorte de cérémonial japonais. Nakanishi accrocha des pinces à linge à sa chemise, aux toiles, et demandait la participation du public, pour que l'oeuvre s'étende à tout le lieu d'exposition (Les pinces à linge se livrent à des mouvements de brassage, 1963).
Enfin, Akagesawa exposa un billet de 1 000 yen agrandi. Pour son exposition de collages intitulée Aimai no umi ni tsuite (À propos de l'ambiguïté de la mer), il envoya dans des enveloppes, que la poste mettait à disposition pour placer de l'argent liquide, des invitations sous la forme factice de billet de 1 000 yen. Ces «faux» furent imprimés sur du papier d'emballage. En 1964, il fut convoqué par la police, accusé de fabriquer de la fausse monnaie. Son procés dura six ans (il fut finalement condamné en 1970), pendant lesquels cette farce juridique se transforma en happening permanent. Dans cette position d'accusé, il mit en jeu les fondements de la loi; «Dans sa déclaration au tribunal, il évoque précisément les rapports ambigus qui peuvent exister entre les mots, les desseins et les actes, élevant ainsi sa protestation contre ce «jugement définitif» que la loi rend sur l'art, «cet indéfini éclatant». Ce radicalisme encore jamais atteint dans la parole répond au mouvement des étudiants de la fin des années soixante et ouvre une brèche qui conduit à une nouvelle actualité du corps.» (Aomi Okabe Néo dada et anti-art, catalogue Japon des Avant-Gardes). Au cours du procès, les artistes et les critiques témoignèrent en faveur de Akagesawa et présentèrent les preuves sous forme de happenings. On reprocha à l'artiste de montrer la société capitaliste telle qu'elle est réellement, et d'atteindre un but: dénoncer les caractères profondément superficiels en reproduisant du papier monnaie. Pour l'artiste, l'art était un prétexte pour dénoncer, de façon symbolique, la structure du pouvoir d'un Japon en pleine expansion.

Publié le 1999-06-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse
Thème(s) : performance, art plastique,
Mot(s) Important(s) : avant-garde, happening, radicalisme, années 60, Japon, critique, objet,
Artiste(s) : Olivier LUSSAC (photographe), NÉO DADA ORGANIZERS (collectif), GUTAI (collectif), HIGH RED CENTER (collectif), Ushio SHINOHARA (performeur), Yoko ONO (plasticien), Allan KAPROW (performeur), Robert RAUSCHENBERG (plasticien), Jasper JOHNS (plasticien), NAM JUNE PAIK (vidéaste),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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