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De Varsovie à Zakopane, sur les traces de Witkiewicz




En prélude à la création de «La Mère», Alain Mollot est parti en juillet dernier en Pologne humer la mémoire de Witkiewicz. Il confie ici quelques extraits de son «journal de voyage».


En juillet 1999, nous partons en Pologne, Christophe Merlant, vieux complice en écriture, et moi-même, à l'invitation de Wieslaw Komasa. Nous voulons approfondir notre connaissance de la pièce qui reste toujours problématique - même pour Komasa -et suivre les traces de Witkiewicz sur les lieux mêmes de son existence.


18 - 22 juillet, Varsovie.
Nous voici devant la maison natale de «Witkacy», (tel est le nom qu'il s'était lui-même donné pour se démarquer du père). C'est aujourd'hui une école primaire. Rien qu'une petite plaque commémorative. Witkacy n'aimait pas Varsovie qu'il appelait par dérision «Varsovette». Il lui reprochait de céder à toutes les modes. C'est encore vrai aujourd'hui: on y vit à l'heure de l'Ouest et du business.
Komasa est de Cracovie. Paysan, mais cracovien. Les cracoviens se considèrent depuis toujours comme l'élite de la Pologne: Witkiewicz, Wyspiansky, l'auteur dramatique, Szymanowski, le musicien, Kossak, le peintre, et, plus près de nous, Kantor.
Nous quittons Varsovie pour Cracovie, afin de mieux entrer dans notre sujet.


21 juillet, Czestochowa.
Pas question de ne pas s'arrêter en ce haut-lieu «saint-sulpicien» de la foi polonaise. Pendant deux siècles, les Polonais sont venus prier ici pour que leur pays, rayé de la carte, renaisse de ses cendres. Au fronton d'une exposition nous lisons cette phrase: «Le coeur de notre Sainte Mère est le coeur de la patrie». Ainsi, la mère se confond avec la patrie. La Mère décadente de Witkiewicz, ne serait-elle pas la Pologne elle-même, vampirisée par ses enfants?
Witkiewicz rejetait Marx, Nietzsche et nos «démocraties sucrées». Il appelait de ses voeux la catastrophe qui engloutirait cette décadence. Athée, il se moquait du plus haut représentant du catholicisme polonais. C'est loin de ce que pense Wieslaw, lui-même homme pieux.


22 juillet, Cracovie.
La famille de Komasa nous rejoint avec ses quatre enfants. Ceux-ci entourent leur père, s'accrochent à sa taille, à ses bras. Il leur parle doucement. Plus qu'à un père, il me fait penser à une mère attentive, complice et tendre. Et il veut sans doute nous parler de La Mère, cette mère qui est la tendresse et la beauté du monde. Cette mère qui tricote jusqu'au bout de l'amour et du lien pour son desperado de fils. Une moitié de l'humanité fait le bordel pendant que l'autre moitié range consciencieusement par derrière. Nul doute que Komasa soit attiré par cette mère qui, malgré son aspect tyrannique et égoïste, fait partie de la moitié constructive du monde.
Nous allons au 40 de la rue Lobzovska, au couvent des Carmélites, pour rencontrer une soeur qui a connu Witkacy quand elle avait 8 ans et l'a fréquenté jusqu'à l'âge de 20 ans, lorsqu'il est mort. Komasa entre d'abord et nous l'attendons dehors, car la soeur a laissé entendre que seule à seul, elle parlerait davantage.
Comme le temps passe, nous nous asseyons sur un bout de pelouse, sous le regard réprobateur des passants. Ca ne se fait pas, ce n'est pas kulturalnie. Etre kulturalnie, c'est tout à la fois être poli, noble, stoïque, cultivé et instruit. Pour être kulturalnie devant le Carmel, il faudrait rester debout sans défaillir. Komasa est profondément kulturalnie. Il refuse toute pub ou sitcom, ou même de jouer dans une quelconque série télévisée. Il souffre de voir la Pologne s'enliser aujourd'hui dans «l'eau stagnante» de la consommation.
Enfin, Komasa nous fait signe d'entrer au couvent pour faire la connaissance de soeur Thérèse. Une vieille dame charmante et très kulturalnie, qui nous reçoit derrière des barreaux. Après quelques mots de politesse en français, elle nous dit: «prenez soin de Wieslaw, il est pur. Paris est très dangereux. Ne le pourrissez pas».
Wieslaw Komasa est-il venu voir soeur Thérèse pour en apprendre davantage sur Witkiewicz ou pour recevoir une sorte de bénédiction pour sa mise en scène à Paris? Les deux, sans doute.
Ce que raconte soeur Thérèse: «Witkiewicz a passé la plus grande partie de sa vie à Zakopane. On l'appelait le fou de Zakopane. Il vivait de ses portraits peints. Son oeuvre théâtrale était c

Publié le 1999-10-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre :
Thème(s) : théâtre, écriture,
Mot(s) Important(s) : années 30, histoire, hommage, itinéraire, Pologne, voyage,
Artiste(s) : Alain MOLLOT (auteur), Stanislaw WITKIEWICZ (auteur), Tadeusz KANTOR (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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