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Scanner les mémoires


Entretien



Une méthode collective pour travailler sur l'extrême de la condition humaine.


Comment avez-vous envisagé la suite du groupe après la mort de Teiji Furuashi, fondateur et directeur artistique de Dumb Type?
Chaque membre de Dumb Type poursuit séparément son propre travail d'artiste; ensemble nous formons Dumb Type. Le nom existe et il nous semble naturel de continuer. La présence de Teiji était très forte, c'est vrai. Aujourd'hui, sans ressentir d'influence consciente, on travaille certainement à sa manière, notamment dans le processus de création.


Quelles sont vos nouvelles orientations, les problématiques que vous soulevez dans votre prochain spectacle?
Pour trouver une orientation, nous avons encore besoin de beaucoup de temps, mais nous avons pour le prochain spectacle un mot-clé: «mémoire».
Jusqu'à «MémoRandom», le titre provisoire était «Sweet memories», mais le titre n'a pas beaucoup d'importance. Mémoire individuelle, mémoire collective mémoire du monde et mémoire de l'ordinateur: nous voudrions faire le lien entre ces problématiques; scanner les mémoires et les redistribuer. Dumb Type a l'image d'un groupe exclusivement porté sur les nouvelles technologies. Même si nous utilisons ces moyens-là, il s'agit pour nous, en explorant tous les possibles, de faire le lien entre l'humain et la technologie, en gardant l'équilibre, l'harmonie. Nous souhaitons toujours travailler sur l'extrême de la condition humaine, à partir de la présence du corps.
Dans la société japonaise, il faut négocier avec les codes, les relations entre les gens sont très extérieures et les émotions directes ne peuvent être dites. Avec «Mémorandum», nous explorons toutes ces contradictions et nous exprimons ces questions dans des représentations limites pour qu'elles deviennent des images.


Quelle est la méthode globale de recherche et de travail du groupe?
Réunions, réunions, réunions . . .
Chaque membre présente un échantillon de ce qu'il veut faire et ensuite on sélectionne. Cela prend beaucoup de temps! Très souvent, au moment du choix définitif, les idées divergent; c'est alors Shiro Takatani qui coordonne les choix. Le plus important est la confiance mutuelle que nous nous apportons, c'est ainsi que nous pouvons respecter les idées des autres. En fait et avant tout, nous sommes amis et nous ne partageons pas que le travail. Actuellement, nous travaillons essentiellement sur les images du quotidien. Comment modifier la définition visuelle, auditive, conceptuelle de chaque être humain? C'est une très belle chose, inimaginable dans le quotidien, mais qui peut se réaliser sur une scène.
Vous êtes beaucoup plus sollicités en Europe et aux Etats-Unis qu'au Japon, où votre public est souvent âgé de moins de trente ans.
Il y a beaucoup plus de festivals en Europe et aux Etats-Unis! Au Japon, les théâtres ne sont pas spécialisés et les gens viennent nous voir là où nous nous produisons. Ici, nous ne savons pas à qui nous adresser pour nous aider à produire nos oeuvres. Depuis nos premières performances, ce sont les jeunes qui viennent nous voir, alors nous passons des publicités dans des magazines qui leur sont destinés.


Et votre relation à Kyoto, qui est une ville très conservatrice?
Kyoto ne change pas. Si nous pouvions remplacer le maire actuel par une personne radicale et ouverte, notre relation serait peut-être différente. En tout cas, nous n'avons aucun contact direct. Pour avoir bonne conscience, ils nous donnent de l'argent, mais nous souhaiterions une vraie collaboration comme avec les producteurs européens et américains.

Nathalie Viot,
Publié le 1999-10-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : danse, performance,
Mot(s) Important(s) : avant-garde, Japon, mémoire, image,
Artiste(s) : Nathalie Viot (rédacteur), DUMB TYPE (collectif),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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