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Créations sonores




Entretien avec Ryoji Ikeda, compositeur qui signe les créations sonores des spectacles de Dumb Type.


Quel est le parcours qui t'a amené à composer les musiques de Dumb Type ?
J'ai débuté dans les années 90 comme DJ expérimental, dans plusieurs clubs à Tokyo, puis en collaboration avec des artistes de différents champs, danse, vidéo, télévision. . . En 1993, je suis devenu producteur de la section audiovisuelle de Spiral Hall, à Tokyo. J'ai organisé des concerts, des séances de cinéma, édité des CD. . . J'ai rencontré Dumb Type lors d'une tournée en Australie, après la première de la performance«S/N», et nous avons très vite collaboré, d'abord en tant que producteur des CD des musiques des performances, puis en tant que musicien.


Comment définirais-tu ton rôle et tes procédés de composition pour Dumb Type?
Il y a autant de manières de composer qu'il y a de spectacles. Par exemple, pour «[Or]» je me suis servi de la musique de l'un de mes CD, «+/-». Ensuite, j'ai essayé de formuler musicalement la notion de temps précis, ce qui reste, je l'avoue, très abstrait. Dans cet axe de temporalité, j'ai effectué des milliers de compositions propres au tempo de base. Il s'agissait de faire de la décentralisation et de la multi-centralisation, une sorte de rayonnement. Finalement, quatre ou cinq axes pouvant définir la notion de temps coexistaient. La composition finale est une structure dominée par le temps absolu. Dumb Type étant un collectif, nous avons ensuite effectué des travaux concrets très difficiles au niveau de la composition images /lumières /chorégraphie /décor. Mais cette structure préalable n'a rien en commun avec le résultat de l'oeuvre. Il est possible de l'enlever, de la remplacer, de la déplacer dès qu'une scène a été jouée, c'est comme un collage.


Toutes les musiques des performances sont basées sur une sorte de recyclage des musiques des performances antérieures. Quelles sont tes sources d'inspiration, où trouves-tu tes matières sonores?
Presque toutes les musiques qu'on utilise sont préparées auparavant et programmées précisément. Cela dit, il n'y a aucune improvisation facile et lyrique. Je m'intéresse directement au procédé qui consiste à utiliser le contenu même de la musique et je n'essaie pas de le modifier facilement, ainsi je passe des heures à des réglages délicats. En particulier parce que je cherche toujours à ce que les spectateurs soient dans des conditions d'écoute optimales et je perfectionne le système à chaque fois. Ce qui me motive c'est comment les auditeurs peuvent faire l'expérience de leur temps propre, à partir d'une oeuvre. Non pas se rapprocher analytiquement de la musique, mais matérialiser un phénomène en se sentant dans l'intuition de l'événement.


Y a t-il une différence entre ta musique personnelle et celle des performances de Dumb Type?
Dans mon activité musicale personnelle, je fais une recherche du «temps», du «phénomène» de la «perception». Pour Dumb Type, je cherche sa mise en application. Pour être honnête je n'attends de la part de Dumb Type aucune intention, aucun thème profond. Je sais précisément ce que je cherche, et Dumb Type est un terrain d'investigation et d'application pour utiliser les nouvelles technologies. Mon approche est inductive.

Nathalie Viot,
Publié le 1999-10-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : performance, musique,
Mot(s) Important(s) : expérimentation, Japon, temps,
Artiste(s) : Nathalie Viot (rédacteur), DUMB TYPE (collectif), Ikeda Ryoji (musicien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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