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La volonté de comprendre




Thomas Hirschhorn développe une recherche dont la forme résiste résolument à toute tentation élitiste du discours, comme si le deuxième ou troisième degré du langage, quel qu'il soit, entravait l'action.


Thomas Hirschhorn est un travailleur. Les travaux qu'il réalise sont faits main. Il se distingue en cela de nombre de ses contemporains dont la pratique nécessite un savoir-faire technique qui ne leur appartient pas. Il ne s'agit ici de résister à un quelconque usage des technologies. Thomas Hirschhorn n'est pas un luddite(1). Il est question d'une position qui consiste à ne dépendre de rien ni de personne pour produire / agir. Autrement dit, une position qui interdit toute justification à l'inaction. Les matériaux qu'il utilise relèvent de la même logique: bois, plastique d'emballage, carton, scotch, sacs-poubelles, papier aluminium, journaux et magazines appartiennent à la vie courante et sont choisis pour leurs qualités pratiques. Lorsqu'il intervient dans un espace -la salle d'un musée ou d'une galerie, le coin d'une rue, l'angle d'une pièce ou la page blanche- il le sature, créant une impression de «surrégime» qui va de pair avec la croissance exponentielle des informations qui nous arrivent chaque jour. Dans nombre de ses installations, le spectateur se trouve sur les traces d'un individu qui cherche obstinément à se repérer, avec les moyens du bord, parmi le flot des discours officiels, ceux de la publicité et des médias. L'artiste récupère, découpe, éventuellement annote, classe, constitue des séries, met en observation dans un laboratoire de fortune textes et images issus de journaux et de magazines. Si la méthode est archaïque, elle n'en demeure pas pour autant simpliste. Les données sur lesquelles Thomas Hirschhorn se concentre ne sont jamais isolées. Tout est toujours relié par un système rhizomique en papier aluminium formant parfois des excroissances, des dysfonctionnements que l'artiste nomme larmes et qui trouvent leur pendant sur le sol sous forme de «tâches de conscience», soit des flaques rouges que les visiteurs piétinent. Aucune conclusion n'est tirée, aucun résultat révélé, seules les données sont livrées. Les interrogations subsistent. A Venise, «World Airport», l'une des plus belles installations de la Biennale, s'étend sur près de 400 m2. Au centre, une vingtaine d'avions en carton aux noms des grandes compagnies aériennes et des rangées de sièges en guise de salle d'attente. L'aéroport comme symbole de l'internationalisation des réseaux et des systèmes. Tout autour, une multitude d'informations économiques -l'argent-et politiques-les guerres- est affichée sur de grands panneaux en bois. Ils ne sont pas complètement recouverts, comme en attente eux aussi. A chaque angle de l'installation, un petit temple éclairé à la bougie électrique est dressé pour une grosse chaussure de sport en carton, Nike, Adidas, Reebok et Puma. Comme si la globalisation s'était transformée en un prêt-à-porter idéologique.


1. Les luddites, ouvriers tisserands anglais, se sont révoltés au début du siècle contre le développement du métier à tisser mécanique. Le terme a été repris aux Etats-Unis pour désigner un mouvement anti-techniques de l'information et de la communication. Cf. «Le Monde diplomatique», février 1997.


Mouvement. Pourriez-vous me parler de «World Corners», l'installation que vous allez présenter au Musée d'Art Moderne de la ville de Saint-Etienne en octobre prochain?
Thomas Hirschhorn. Ce travail a été réalisé en novembre 1998 pour la Chisenhale Gallery à Londres. Une grande salle de 400 m2, pas très haute de plafond. C'est un lieu tenu par des artistes et de jeunes curators situé à la périphérie de la ville qui se consacre à des expositions personnelles. J'ai choisi de ne pas lutter contre l'espace, de ne pas le cloisonner, et de concentrer le travail dans les coins. J'ai donné à chaque coin une couleur -rouge, vert, jaune, bleu- et une thématique -l'économie, la religion, la politique et la culture. J'ai créé quatre zones d'influence. Chaque coin comprenait des éléments, des écritures, des livres et des objets concernant les différentes thématiques. Chaque coin formait une zone d'influence plutôt qu'une zone d'information, dans la mesure où l'espace au centre de la salle, laissé vide, recevait l

Yvane CHAPUIS,
Publié le 1999-10-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : sculpture, installation,
Mot(s) Important(s) : concept, recyclage, individu,
Artiste(s) : Yvane CHAPUIS (rédacteur), Thomas Hirschhorn (plasticien), Joseph BEUYS (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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