Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Epopée avec visa

Transits

Chapeau : Barthélémy Toguo met à profit depuis 1996 ses nombreux déplacements pour effectuer une série de performances intitulées «Transits». Retour sur histoires.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : Espace critique
Rubrique : 6

Cédric AURELLE rédacteur
Barthélémy Toguo performeur
Felix Gonzalez-Torres plasticien
Ugo RONDINONE plasticien

Texte : Le territoire
A l'heure de la circulation accélérée des biens et des informations, de la mise en réseau généralisée et à rebours de l'instauration des visas et des barrières dressées pour freiner les flux de personnes, Barthélémy Toguo s'engage sur les routes qui sillonnent un monde contemporain, celui des migrations. Voies aériennes, lignes ferroviaires, il expérimente des axes qui sont censés rapprocher les hommes et les territoires. Saisissant toutes les occasions de déplacement qui s'offrent à lui pour mettre en place un «Transit», il décline ses performances sur le mode du voyage.
Le 3 juillet 1996, muni d'un billet d'avion pour Berlin, Barthélémy Toguo arrive à l'aéroport d'Orly ceinturé d'une cartouchière de fusil remplie de carambars en vue de réaliser son «Transit nø2». Si l'image est censée susciter l'hilarité, l'artiste ne fera que quelques pas dans l'aéroport avant d'être repéré par les forces de sécurité qui l'interpellent et l'emmènent au poste. En pleine opération «Vigie-Pirate», Barthélémy Toguo matérialise idéalement la cible abstraite traquée par les militaires garants de la sécurité. Jouant sur les codes et les a priori, il déstabilise ses interlocuteurs en les provoquant sur leur propre terrain. Au cours de ses voyages, Barthélémy Toguo éprouve le poids du territoire et de la référence géographique qui continuent à lester celui qui se déplace aux yeux de ceux qui le regardent et qui «sont d'ici». Quand il leur demande la raison de ce contrôle, les agents de sécurité lui répondent: «parce que vous avez l'air louche», signifiant à Barthélémy que le territoire qui est le sien reste pour eux une zone floue, indéfinie et doit faire l'objet d'une identification, d'une délimitation.
Pour son 6éme «Transit», Barthélémy Toguo effectue un voyage par le train Thalys de Cologne à Paris, revêtu de l'uniforme vert des balayeurs de la Mairie de Paris. Quand il s'assied à la place qui lui est réservée, les voyageurs commencent à changer de wagon. Si cet uniforme lui convient parfaitement quand il est dans la rue, car il correspond au territoire dans lequel on veut bien localiser l'immigré africain, cela n'est plus le cas dans le train au milieu d'hommes d'affaires.
Barthélémy Toguo est un déplacé comme d'autres sont des réfugiés. On pense ici à l'oeuvre d'Ugo Rondinone, «I don't live here anymore», (Je n'habite plus ici) dans laquelle l'artiste suisse investit de son visage d'homme mal rasé les figures des top models féminins les plus célèbres, changeant de peau comme Barthélémy Toguo change de territoire, au cours d'un zapping identitaire sans cesse renouvelé.
Et Barthélémy Toguo d'inventer son propre territoire, «Spiral Land», pays imaginaire, parodie d'administration, à l'image des républiques fantoches du continent africain. Le territoire de Barthélémy Toguo est une petite utopie, à la fois drôle et subversive, matérialisée par un tampon en forme de spirale. Grâce à celui-ci, il se réapproprie aussi bien les journaux et les documents sur les relations Nord-Sud, que ses propres catalogues d'exposition, - lesquels auscultent l'artiste comme les journaux analysent l'actualité. Imitant le système administratif et culturel occidental, d'un coup de tampon, il désigne, labellise et récupère ce qui ne lui appartient pas ou qui pourrait lui échapper. En agissant sur l'information venant d'Afrique, comme sur son propre travail (il tamponne ainsi les 300 catalogues de son exposition à l'ARC), il ramène ces éléments aux dimensions de son territoire. Ce faisant, il continue à mêler deux registres, le territoire géographique et celui, métaphorique, de l'individu. Le tampon, sculpté par l'artiste en positif sur une simple gomme, apparaît en miroir sur les documents. Une inversion de pôles, peut-être une manière pour l'artiste de nous rappeler que dans l'hémisphère Sud, on vit la tête en bas et les pieds en l'air. . . Un second tampon clôt le catalogue de l'ARC, qui revêt une dimension programmatique ou fait figure de mise en garde amusante : « unfinished ». Comme pour nous prévenir que cela ne va pas s'arrêter là, que Bar

Date de publication : 01/10/1999


Mots-clés : frontière, territoire, voyage, jeux
Inséré le : 14/06/2001 00:00
Thèmes : arts plastiques, performance,