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La transmutation du geste, l'errance des idées




Dans Soffio, Paco Dècina n'ose pas s'en tenir absolument à la fascinante épure de sa nouvelle écriture.


Le dossier de presse accompagnant de Soffio de Paco Dècina est un peu curieux. Près de cent cinquante lignes y sont consacrées à la partie biographique ; au passé. Tandis que quatre lignes suffisent à introduire la pièce nouvelle, objet de la curiosité actuelle. Mais ce n'est pas mauvais signe. Le geste dit tout. Le titre même y suffit : Soffio, comme souffle en italien. Souffle porté par des sonorités indiennes, choisies pour leur vertu d'évocation de l'infini.
Ainsi trois hommes et trois femmes paraissent ici de passage, toujours appelés ailleurs, plus loin ; c'est à dire plus profondément dans un intérieur d'eux-mêmes qu'ils observeraient en vigies laconiques. Tout leur être transmute dans l'amplitude et la souplesse d'un espace flottant. Leur présence muette trace de fluides lignes d'absence, creuse de lentes résistances, enveloppe de fugaces parenthèses. Danses d'esquisses et d'estampes, du dessin précis et suspendu sur une inflexion ondulée d'aquarelle ; le passage effilé, même au sol, effleuré.
Isadora Duncan n'aurait vraisemblablement pas renié cette énergie de la perpétuation vibratoire, qui transporte le spectateur dans une qualité de perception méditative. L'extraction du souffle vital insaisi, jusque dans la dense épaisseur des chairs, est une opération délicatement vertigineuse, substantatoire, lorsqu'elle opère sur la carcasse baraquée de géants inspirés qu'offre l'apparence extérieure de deux des danseurs hommes.
Mais cette fascinante palpitation de l'infinitude a, de fait, du mal à finir. Comme prenant peur de sa propre audace, Paco Dècina renonce soudain à aller jusqu'au bout de sa retenue magnifique. La danse s'emballe sur des rythmes soudain accidentés, se ramasse en d'inutiles duos, convoque l'effet facile d'une bande son façon « ma discothèque idéale ». En quoi à cette instance Soffio court le risque de paraître une pièce précieuse et gracieuse, plutôt qu'être une œuvre essentielle et bouleversante. Choix toujours ouvert.

Soffio, au Théâtre de la Cité internationale, Paris, du 23 au 26 janvier. Tél. 01 43 13 50 50

Gérard MAYEN,
Publié le 2003-02-06

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Gérard MAYEN (rédacteur), Paco DÈCINA (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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