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Trois essais au féminin
à la Ferme du Buisson
Absolues disparités d'intention et d'aboutissement, parmi des choses parcourues au samedi danse de la Ferme du Buisson.
Boueux, neigeux, gréveux, grippeux... Tous les Samedis danse de la Ferme du Buisson, avec ses quantités de salles affectées à autant de résidences d'artistes, sont conçues comme des déambulations menées grand rythme. Navettes d'autobus comprises. Mais l'environnement climatique et social de la dernière édition aura conféré une tonalité un peu plus combattante et irréelle à cette expédition en banlieue lointaine.
On ne peut pas écrire sur tout.
Blitz, toute dernière création de Melk Prod. (Marco Berrettini) méritera sa mise en perspective. Rendez-vous dans Mouvement, la revue. Si loin, si proche, nouvelle pièce de Philippe Jamet donnée là en première en France a semblé lacunaire. C'est comme si à l'image de son titre, un dangereux effet de distance, en fait d'inconsistance, se creusait entre l'ambition du déploiement scénographique (changement d'espace, images géantes), et le caractère convenu de la danse. C'est à voir...
Par ailleurs, trois propositions de femmes. Sans le moindre point commun.
Cellule 401 n'en est encore qu'au stade du chantier de création. Tout juste s'autorisera-t-on à rappeler à Caroline Picard, que toute danse oeuvre toujours, absolument, en retenue, en contre-poussée, en résistance des densités gravitaires (et imaginaires). Au stade où elle en est parvenue, on ne voit donc pas ce qu'apporte, en soi, son envahissant dispositif de poids, de câbles et de poulies. C'est la poésie qu'il emprisonne, plutôt que sa gestuelle, dont à chaque instant on pressent tout, avant qu'elle se produise.
Une mauvaise réputation colle à la peau de Michèle Noiret. Ses pièces rigoureusement architecturées aux côtés du compositeur Karlheinz Stockhausen, de l'architecte-vidéaste Paolo Atzori, et de l'ingénieur du son Todor Todoroff, ont poussé les paresseux de la tendance à l'enfermer dans la case des artistes ultra-technologiques.
Aujourd'hui étalé sur deux ans, son actuel chantier de création prend ces idées reçues à contre-pied. A la ferme du Buisson, on a vu la troisième de ses Prospectives, qui sont autant d'états-étapes, en vue d'une pièce seulement programmées dans le cadre de Lille 2004 : soit le temps patient de la recherche et de l'élaboration, venant s'opposer à la fascination pour l'instantané des nouveaux illusionnismes numériques.
C'est à peine si Prospective III use d'écrans translucides (il existe des dispositifs plus furieusement futuristes). Derrière eux se déroulent, se dédoublent, se diffractent, certaines séquences chorégraphiques, avec un effet très prenant de fictionnalisation nimbée de fantastique. La danse de Michèle Noiret elle-même et Sarah Piccinelli, la danse - l'essentiel - est d'une folle élégance de la maturité, fracassée sur les arêtes d'une suggestion narrative.
Enfin on classera volontiers parmi les « bizarres » madame Claudia Gradinger. Ce courant qui n'en est pas un, récemment promu dans d'autres colonnes que celles-ci, rassemblerait d'obstinés isolés, ahurissants inclassables, insolents impénitents, tout autant qu'indifférents aux préceptes devenus volontiers pesants des conceptuels en cour. C'est peu de dire que Claudia Gradinger n'a pas froid aux yeux – quoiqu'un peu perdue sur un plateau trop vaste pour sa performance qui a quelque chose du cabaret.
Pour Bêtes de scène – Cow girl, ses notes d'intention – mais est-ce bien le mot en pareil cas ? – nous proposent de regarder le monde avec des yeux d'animaux, ce qui pourrait être plus excitant, drôle et stimulant à l'imaginaire, que ces yeux d'enfants, pour toujours perdus, qu'on nous conseille néanmoins si souvent et vainement de retrouver, en toute niaiserie esthétique bien-pensante.
Précisément, à force d'alourdir sa gestuelle de façon burlesque, Claudia Gradinger, entend se transformer en... vache. Mais allez savoir pourquoi, son projet zoomorphe se fait aussi trans-genre, et en fait d'animale, la voici masculine (serait-ce synonyme ?). On pourrait penser à du Marie Chouinard première époque.
Bref, sa divagation est ravageuse, déprime les uns, emballe les autres. Le public collégien, particulièrement, adore quand elle danse devant l'image d'une splendide paire de couilles battant la cadence, de même taille qu'elle, mais plus floue quand même, ce qui impose de discerner et digérer la surprise. Laquelle n'est sans doute pas des moins réjouissantes par les temps d'ordre moral qui courent.
Le Samedi danse se déroulait le 1er février à la Ferme du Buisson à Noisiel (Marne-la-Vallée) ainsi qu'à l'espace Lino Ventura de Torcy.
Gérard MAYEN,
Publié le 2003-02-07
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Gérard MAYEN (rédacteur), Michèle NOIRET (chorégraphe), Claudia GRADINGER (chorégraphe), Caroline PICARD (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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