Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

L'invention des mondes

Entre fiction et réalité

Chapeau : Gilles Barbier invente une géo-morphologie artistique. Il joue des frontières poreuses entre fiction et réalité pour construire une vision acide, critique de notre société.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : Espace critique
Rubrique : 13

Gilles BARBIER plasticien
Léa GAUTHIER rédacteur
Roland BARTHES philosophe
Maurice Merleau-Ponty philosophe

revue365.jpg ()

Texte : Sur un moniteur TV, des individus à la voix déformée, filmés de dos ou dans la pénombre parlent d'un étrange syndrome. Chacun d'eux vit dans l'obsession de faire des trous: trouer le monde, non pour le détruire puisque toujours les trous sont rebouchés laissant intacte la surface des choses, mais pour s'assurer de sa matérialité, de son épaisseur. Les personnages apparaissent comme des vérificateurs de réalité mais la représentation se mord la queue: le mode documentaire dote d'un indice de réalité une fiction incongrue dans laquelle est testée le fondement de cet indice. Dans le récit de cette vidéo improbable («Divertissement») se joue l'étrange rapport que la fiction entretient avec le réel dans l'oeuvre de Gilles Barbier. La réalité repose sur une croyance qui, dès qu'elle est interrogée, peine à trouver un fondement, mais qui si elle n'est pas assumée se transforme en pathologie. Partant de ce même constat de la fragilité de la croyance perceptive, Merleau-Ponty écrit dans «Le Visible et l'invisible»: «Entre les choses et moi, il y a désormais des pouvoirs cachés, toute cette végétation de fantasmes possibles que mon corps ne tient en respect que dans l'acte fragile du regard»(1). Le travail de Gilles Barbier est ce parcours dans la végétation des fantasmes possibles. Il fait monde, plante un univers, dresse un tableau de la possibilité de l'existence ou de la non-existence des choses. Gilles Barbier se place entre le sage et le fou. Dans un croquis, Montrer trois choses en même temps, il esquisse avec humour le rôle de la représentation artistique: si le sage montre un objet et que le fou regarde le doigt, l'artiste quant à lui montre le doigt qui désigne l'objet, le fou qui regarde le doigt et l'ombre portée de la main qui indique encore une autre direction. Là où le sage cerne le paradoxe et où le fou s'y noie, l'artiste s'en amuse. Son endroit n'est pas celui de la vérification, mais à l'inverse celui du possible. Remplaçant le critère de nécessité par celui de probabilité, il interroge les mises en scènes de la réalité et propose une version loufoque du monde. Dans une insolite cosmologie, les poches d'existence éclatent alors sur le plan d'immanence, se transformant suivant les accidents du relief ou les mélanges de fluides organiques en fiction (Une double poche d'existence émet deux fictions en même temps). . .
Par un léger déplacement, loin de tout esprit de sérieux, il invente un système cohérent, logique qui tout en opérant un retour critique sur la réalité ouvre un univers spécifique. Pour que les choses existent, il faut les conduire à l'expression, les inviter au discours, et c'est bien en cela que consiste finalement une représentation. Faire parler les choses c'est alors un peu comme ne jamais cesser de faire des trous dans le réel pour s'assurer de son épaisseur.

Date de publication : 01/07/2001


Mots-clés : univers, organe, objet, fiction
Inséré le : 15/06/2001 00:00
Thèmes : installation, arts plastiques,