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Le clochard céleste
Ad Vitam Eternam
«Je suis un rebelle contre les rebelles». Louis Hardin, alias Moondog, qui s'est éteint il y a presque deux ans, lègue à l'histoire de la musique une trajectoire singulière: un ovni dans la sphère minimaliste salué par de nombreux artistes.
Essor d'une trajectoire musicale
Moondog publie en 1956 et 1957 ses premiers disques sur le label Prestige, qui signe alors quelques uns des plus importants jalons de l'histoire du jazz. Tous réédités à ce jour, «Moondog», «More Moondog» et «The Story of Moondog» sonnent comme un territoire exotique tissé d'art brut et d'un lyrisme naïf.
L'artiste y enregistre tous les instruments, agrémentés de ceux qu'il fabrique lui-même. Ses pièces sont courtes et «ouvertes» comme des fenêtres: elles fusent dans le mystère de leur apparition, accueillent les bruits ambiants des rues new-yorkaises (bruits de rue, aboiements, sirènes de bateau. . .). Les mélodies naïves sont soutenues par sa fameuse rythmique, savamment complexifiée ou laissée à sa plus simple expression. Car c'est alors d'art brut qu'il s'agit: un matériau simple, primitif et résiduel, agencé artistiquement par un homme qui a la tête dans les étoiles et une ambition aussi modeste que démesurée. L'humilité au coeur de l'oeuvre ne quittera jamais Moondog, même lorsque plus tard il enregistrera des pièces avec de grandes (et nobles) orchestrations. Pourtant, la précarité quasi «accidentelle» de ses premiers disques dégage d'ores et déjà une poésie profondément attachante. C'est celle qui est commune au Palais du Facteur Cheval : une signature entière, faite de résidus lointains et de « récup'», patiemment érigés en oeuvre unique et singulière. Touchante, elle est humble et secrète et confine à l'épure. Que l'artiste égrène quelques notes au piano, souffle dans une flûte ou soulève quelques questions essentielles: «Peu importe d'où je viens, peu importe où je vais, ce qui compte, c'est où je suis aujourd'hui» («Moondog Monologue»).
«Moondog 1» et «Moondog 2» sortent en 1969 et 1971 sur le label Columbia. Ils marquent une nouvelle étape: celle d'une grande formation symphonique et d'une réalisation léchée. Si le son prend beaucoup d'ampleur et de majesté, la linguistique du compositeur conserve les mêmes «accents» typiques, recourant seulement à une palette de sons plus vastes: langueur et retenue des cordes, swing et shuffles des rythmiques jazz. Le disque voit figurer la version canonique de Bird's Lament mais aussi une suite de «madrigaux : rondes et canons» enregistrés avec sa fille, June Hardin. L'art savant et l'art naïf y fusionnent dans une rare et déconcertante osmose. Enjouées ou nostalgiques, les rythmiques «tribales» et l'étoffe du son accueillent les tessitures des voix du père et de la fille: voix posées et sans apparat, mais dépositaires de «mystères tout simples». Parmi les titres figurent «All is Loneliness», repris par Janis Joplin, mais le jugement du compositeur sera sans appel («Elle l'a massacré» déclarera Moondog).
Lointain Intérieur
L'artiste disparaît subitement du trottoir de Manhattan et il passe même pour mort (comme le déplore en public Paul Simon lors d'un show TV), mais Moondog n'est que parti en Allemagne, invité par une radio de Francfort pour deux concerts, dans des conditions matérielles confortables. Il décide alors de rester en Allemagne, berceau des compositeurs classiques. C'est l'exil dans une patrie culturelle d'adoption. Il y rencontre sa femme, Illona, qui transcrit ses partitions et trouve un éditeur qui enregistrera ses dernières oeuvres. Une vie sédentaire s'ouvre à lui, il écrit et compose sans discontinuer, auteur, tout de même de 60 symphonies et 300 canons et madrigaux. Ses apparitions scéniques sont sporadiques et remarquées, tout comme ses enregistrements. Parmi eux, «Sax Pax For a Sax» est un hommage à Adolphe Sax et enregistré par le London Symphonique. Elpmas publié en 1991 est un disque en tout point remarquable: d'étoffe instrumentale classique, agrémenté de marimbas, c'est sans doute le disque de Moondog le plus impondérable et le plus saisissable à la fois. On y retrouve l'art grave et enfantin des mélodies simples, presque des comptines, presque fables, d'une mythologie intemporelle et utopique. On ne peut qu'aimer Moondog pour cette façon si humaine et étrange de sublimer la naïveté, une sophisticatio
Anne Ramade,
Publié le 2001-07-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : analyse
Thème(s) : musique,
Mot(s) Important(s) : années 60, années 70, composition, expérimental, Allemagne, New York,
Artiste(s) : Anne Ramade (rédacteur), Moondog (musicien), Arturo Toscanini (musicien), Léonard BERNSTEIN (musicien), Charlie PARKER (musicien), Henri MICHAUX (poète),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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