Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Les théâtres berlinois en crise
Chapeau : Barbara Engelhardt, rédactrice-responsable de «Theater der Zeit», revue mensuelle de théâtre à Berlin, éclaire ici la situation berlinoise: entre clubs et temples de la culture, les théâtres se battent pour garder leur aura.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : analyse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Apparence :
Rubrique : 13
Barbara Engelhardt rédacteur
Thomas OSTERMEIER Metteur en scène
Sasha WALTZ chorégraphe
Frank Castorf Metteur en scène
Thomas Langhoff Metteur en scène
Texte : La politique culturelle berlinoise s'éveille en ce moment de son long sommeil: la pesanteur politique de l'ère Kohl en Allemagne ainsi qu'un désintérêt croissant pour la perspective d'une politique nettement inscrite dans l'après-réunification semblaient avoir déjà paralysé la politique culturelle à Berlin. L'inébranlable auto-satisfaction du vieux chancelier avait presque déteint sur une politique berlinoise qui a toujours été provinciale, quand a surgit le nouveau gouvernement promettant de mener la ville vers une nouvelle gloire. Mais Berlin est-elle réellement une capitale culturelle? Existe-t-il ici une politique culturelle du niveau de celle d'une capitale? Dans la ville, rien ne ressemble plus à l'époque de l'existence insulaire d'avant 1989, et surtout pas la situation financière qui permettait à l'époque, grâce aux subsides spéciaux venus de Bonn, de mener l'affrontement Est-Ouest jusque dans le domaine culturel. Inévitablement, les nombreux théâtres et opéras qui, même d'un point de vue purement quantitatif, témoignent de la richesse culturelle de Berlin en subissent les conséquences douloureuses. Ils avalent une grande partie du budget global consacré à la culture sans pour autant jamais parvenir à vivre des moyens pourtant conséquents mis à leur disposition. Un sport inédit est ainsi pratiqué entre les théâtres berlinois, qui se joue à coups de chiffres: les statistiques de fréquentation comptent désormais davantage que les réussites artistiques, et la compétition grotesque entre les gestions budgétaires débouche finalement sur une seule comparaison: quel est le théâtre qui fait apparaître le déficit le moins important (en millions de Mark cependant)?
Mais comment la culture peut-elle être soumise aux critères de l'économie de marché imposés de nos jours aux théâtres ? La municipalité de Berlin n'est pas en mesure de permettre aux théâtres une planification raisonnable en garantissant leur financement sur le long terme. Et si l'on a espéré que l'État Fédéral viendrait éventuellement boucher les trous dans le budget du Land de Berlin, cet espoir s'est révélé faux, après une longue bagarre autour de la question des fondements fédéralistes de la politique allemande. Car à la différence de la France, la capitale culturelle allemande ne pourra toujours pas à l'avenir être privilégiée sans déclencher aussitôt la protestation massive et justifiée des quinze autres Länder. Le chancelier Gerhard Schröder a certes inventé le poste de «ministre d'État de la Culture» et par là-même provoqué le débat sur la question du centralisme culturel. La capitale elle-même ne peut cependant en tirer profit tant que l'État refuse, à juste titre au regard de l'esprit fédéraliste de la Constitution, un engagement constructif pour la culture berlinoise.
Les théâtres berlinois continuent donc à souffrir de leur crise financière. Sachant que plus de 80% des subventions sont consacrées aux coûts de personnel dans l'immense machinerie du théâtre allemand, qu'après une première vague de suppressions de postes on fonctionne déjà aujourd'hui à la limite de ce qui est exigeable des employés, on comprend qu'il ne reste plus aux théâtres de grandes possibilités de réduire leurs coûts. Pour la plupart des théâtres berlinois ont été prévues une restructuration et l'adoption d'une forme juridique d'entreprise privée, qui rendrait les théâtres eux-mêmes responsables économiquement, à la place du Land. La Schaubühne par exemple se trouve depuis longtemps dans cette situation de responsabilité et n'a évité cette saison qu'à grand-peine le dépôt de bilan, peu de temps après l'arrivée de Thomas Ostermeier et de Sasha Waltz. Les problèmes ne sont donc pas résolus de cette manière, mais seulement repoussés.
Date de publication : 01/07/2001
Mots-clés : Berlin, polémique, responsabilité, situation
Inséré le : 18/06/2001 00:00
Thèmes : théâtre, politiques culturelles,