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Les nouveaux enjeux sociaux du théâtre
Neext
Chapeau : Enfant prodige de la scène hongroise, Arpad Schilling définit le théâtre comme l'espace en construction d'un nouvel activisme social.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : entretien (Mots-clés : )
Genre Ressource : entretien
Apparence :
Rubrique : 13
Gwénola DAVID rédacteur
Árpád Schilling Metteur en scène
Georges Brecht auteur
MEYERHOLD Metteur en scène
Tadeusz KANTOR auteur
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Texte : Gwénola David: Qu'avez-vous à dire à la tête d'un théâtre?
Arpad Schilling: Il est urgent que le théâtre redevienne une composante forte de la vie sociale. Le public se raréfie de plus en plus. Les jeunes surtout s'en détournent, lui préférant le cinéma ou les techno-parties. Il faut les réinviter, recréer un lien avec la cité. C'est la force du théâtre que de pouvoir établir un contact direct, vivant, avec les gens. Comment réformer l'institution théâtrale? Comment rendre une soirée importante et utile pour ceux qui viennent? Quels sujets aborder? Quels spectacles proposer pour les enfants? Comment faire du théâtre un lieu vivant? Autant de points d'interrogation que nous devrions affronter. Le théâtre doit retrouver prise sur les questionnements qui traversent la société, il doit être «politique», essentiel, anarchiste s'il le faut. On sent par exemple que la question de l'«identité» hongroise se pose avec de plus en plus d'acuité ici: qui sommes-nous? d'où venons-nous? comment nous définissons-nous? comment caractériser la culture hongroise? qu'est-ce que cela signifie d'être hongrois? On ne doit pas éluder ce problème, ni le laisser dériver dans un nationalisme étroit. L'arrière-plan politique surgit forcément dès qu'on commence à réfléchir sur ce terrain. Le théâtre doit permettre une rencontre, même amère, avec nous-mêmes.
Gwénola David: C'est ce que vous faîtes dans «Nexxt» quand vous pointez le néant masqué sous les paillettes télévisuelles qui happent notre époque.
Arpad Schilling: Le show télévisé devient une forme dominante de communication entre les humains. Tout est transformé en show: les rencontres amoureuses, les disputes et les réconciliations de couples, les confessions. . . tout se passe maintenant sous l'oeil des caméras! Le show apparaît comme une variante contemporaine de la messe mais aussi comme une forme théâtrale de plus en plus utilisée. Contrairement à ce qui a été publié partout, le spectacle n'est pas une adaptation de «L'Orange mécanique» d'Antony Burgess. J'ai lu le roman il y a 9 ans. Depuis, ça me travaillait. Je cherchais comment le monter sur scène. J'en ai parlé à Istvan Tasnadi, dramaturge avec qui j'ai déjà fait plusieurs spectacles. Il m'a dit que ce livre, écrit en 1962, était déjà vieux et m'a passé «American Psycho» de Bret Easton Ellis. J'ai lu et j'ai compris ce qu'il voulait me dire. Trente ans séparent ces deux histoires. Le héros de «L'Orange mécanique» est un «looser» qui ne correspond plus au modèle du «winner» américain d'aujourd'hui. On a alors enlevé les deux protagonistes de leur roman et on les a jetés dans le cadre amusant, populaire, d'un show télévisé. L'invité spécial de la soirée est donc Petit Alex, qu'on retrouve père de famille à la cinquantaine tranquille. Il doit commenter les actes de Rex Madison, un psychopathe qui sème ses victimes coupées en morceaux à travers la ville. La présentatrice, Frau Plastic Chicken, démiurge diabolique, réussit à tout manipuler pour obtenir les images choc qui vont faire de l'audimat. Dans «Nexxt», j'emprunte la forme de l'émission télévisée non pas seulement pour dénoncer le pouvoir, la manipulation ou la violence des media, mais pour montrer une image sur notre vie, très froide, grotesque, cynique sans doute. J'interroge autant notre attitude passive, complice, face à ce qui se déroule sous nos yeux que le comportement de ceux qui tirent les ficelles. Nous assistons tous à la transformation de notre monde par des animatrices et nous restons là sans broncher. Tout peut se passer, nous regardons, jusqu'au bout. La vie devient un divertissement sans enjeu. Le propos de «Nexxt» se résume finalement à un constat très simple mais effrayant: tout peut arriver, personne ne résistera.
Gwénola David: Comment avez-vous travaillé sur ce spectacle?
Arpad Schilling: D'abord, nous avons discuté du projet au sein de la compagnie. Il me semble primordial, c'est une évidence, de bien saisir la problématique que l'on veut développer. Nous avons ébauché un premier synopsis (complètement oublié depuis!). Istvan Tasnadi a co
Date de publication : 01/07/2001
Mots-clés : Hongrie, identité, télévision, violence
Inséré le : 19/06/2001 00:00
Thèmes : théâtre,